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19 février 2016 5 19 /02 /février /2016 14:33

Début du premier chapitre de Des monts hauts perchés, la suite de la Chimère aux ailes de feu, roman en cours d'écriture.

"This is Sentinel to Headlight…

This time the beast has 4 heads,

Listen ! This time the beast has 4 heads,

3 similar ones,

And the 4th is messing with the other 3.

And it’s coming at us

It’s coming at us.

Lucifer will fall again.

3 into 1.

1 of 4

a weird guru with a camera

This is Sentinel to Headlight…

My name is the Verso of the Virgo.

Lucifer will fall again.

Lucifer will fall again.

I crack the program

Listen ! I crack the program

This is London calling.

I know how to spot and to heal.

This time the beast has 4 heads,

Listen ! This time the beast has 4 heads,

3 similar ones,

And the 4th is messing with the other 3.

It took me 7 years to crack the D,

to put the fingers figures out

but now I can Spot and Heal.

Everything I write turned into Light

This is Sentinel to Headlight…

Massive Psycho Coming

They create lack of conscience

They turn on the light (backward).

The 1 messing with the other 3

A weird guru with a camera

I was born almost 70 years ago,

and even if I look like I'm 44.

I'm just born again,

And they’re coming at me from the 4 cardinal points.

Among the 4 freedoms, they broke the 4th.

I crack the programing

I seek protection again.

I’m one of the three free spirits.

The hidden one.

I’m the only true truth keeper,

The real Fire Wings Chimaera."

Extract of Decode : "A crack in the Mask" of Jefferson di Nostradonna

Le réveil est un instant fragile et délicat suspendu entre deux mondes. Une errance. Pour être reconnu comme telle par le dormeur, la réalité doit revêtir son manteau habituel. Elle se doit de ressembler à ce que nous attendons d’elle. Mais parfois, exceptionnellement, elle se drape dans un costume inattendu qui nous donne l’impression de vivre un rêve. Ou un cauchemar.

Ce matin, Lina a dû mal à émerger. Sa tête est lourde. En ouvrant les yeux, elle se rappelle qu’elle n’a pourtant pas bu plus que de raison la veille. La bouche pâteuse, elle avale sa salive avec difficulté. Elle se tourne sur le dos et contemple un moment les ténèbres qui l’enveloppent. Le corps lourd. Pesant. Hier soir, elle a donné un petit concert avec son groupe : les « Shooting Stars ». Les applaudissements du public quand elle s’est mise à chanter la seule reprise de son répertoire, « A change is gonna come » de Sam Cook lui reviennent en mémoire et dessinent un sourire satisfait sur ses lèvres pales.

Tandis qu’elle fainéante encore un peu au lit, elle se met à fredonner, les yeux fermés.

« I was born by the river in a little tent

Oh and just like the river I've been running ev'r since

It's been a long time, a long time coming

But I know a change gonna come, oh yes it will » [1]

À califourchon entre deux mondes, il lui semble que le son distordu de la guitare de Fab, l’accompagne, la guide le long du cours d’eau. Quand la batterie entre dans les flots, elle se laisse entraîner et se met à chanter de tout son cœur. Lina n’est pas née dans une tente, pourtant elle se reconnaît dans cette chanson, comme peut-être beaucoup d’autres émigrés. Son pays natal, la Hongrie, elle s’en rappelle peu : des impressions de paysages, des esquisses de visages, une langue qu’elle comprend et pourtant ne parle pas. Une terre à qui elle doit sa beauté exotique et sauvage, ses yeux noirs et perçant, sa peau légèrement hâlée, ses longs cheveux bruns et indisciplinés et sans doute aussi une grande partie de son talent.

Tandis que Lina se redresse lentement dans son lit, sa délicieuse voix rauque s’éraille comme si elle étouffait un sanglot.

« But I know a change gonna come, oh yes it will.

Oh yes, it will ! »

Tout en continuant à chanter, elle rouvre les yeux, repousse les draps et sort du lit. La fraicheur de l’air la surprend un peu. Cette nuit, la température caniculaire a enfin baissée. Ou peut-être est-ce un frisson dû à la fièvre ? À tâtons dans le noir, elle cherche l’interrupteur. Elle avance. Elle avance sans trouver le mur. Sa petite chambre de bonne, perchée sous les toits parisiens, ne lui a jamais semblé si grande. Elle fait demi-tour. Désorientée, elle part en quête de son lit et s’y rassoit. Une légère douleur pulse derrière ses yeux.

« Tu n’as bu que deux verres, hier. Qu’est-ce qui t’arrive encore, ma grande ? » songe-t-elle.

Elle repense au concert de la veille, aux applaudissements, à l’enthousiasme du groupe, aux quelques verres bu ensemble avant de rentrer. Fab a insisté pour la raccompagner en bas de son immeuble. Elle revoit la voiture s’éloigner dans la rue baignée par la lumière dorée des réverbères, la porte de l’ascenseur qui se ferme et s’ouvre à nouveau sur le couloir étroit qui mène à sa chambre. Elle cherche ce qui pourrait expliquer son état. Mais quel état au fait ? Un drôle de mal presque indolore. Une légère fatigue plutôt agréable. Une impression d’étrangeté. Et l’impossibilité de s’orienter dans sa proche chambre.

Décidée, elle se relève et part à nouveau en quête de l’interrupteur. Cette fois, elle avance plus loin, toujours plus loin, pas à pas, les mains tendues devant elle. Ses doigts effleurent un rideau qu’elle tire, puis touchent une surface lisse : celle d’une porte-fenêtre ? Elle s’empare de la poignée, la fait pivoter, ouvre les deux battants, et tombe sur une surface plus rugueuse. Des volets ? Peu à peu, l’angoisse étreint sa poitrine.

Elle n’est pas chez elle.

Stupéfaite, elle perd légèrement pied et se met à douter. Et si la vieille, elle s’était enivrée et avait passé la nuit avec un inconnu... Et si elle avait tout oublié. Et si on l’avait droguée.

L’angoisse se transforme en peur panique. Elle s’acharne sur les volets et se met à crier :

« Putain ! Fais chier ! Bordel !»

Comme souvent, elle donne l’impression d’en vouloir à la terre entière, alors que sa colère n’est dirigée que contre elle-même. Elle se déteste.

Les volets lui résistent. A travers les lattes, une brise glacée se fraye un chemin et lui engourdie le visage.

« Pauvre conne ! » murmure-t-elle entre ses dents serrées.

Elle s’échine. Puis le loquet cède enfin.

Elle pousse de toutes ses forces.

La lumière lui explose au visage, la gifle, la roue de coups. Bombe à fragmentation qui déchire la réalité. L’écartèle. Elle voudrait crier mais elle reste sans voix, muselée par ce qu’elle a sous les yeux. Un paysage de montagne digne d’une carte postale. Un ciel bleu azur parsemé de nuages cotonneux qui se déplacent lentement. Chariots en apesanteur. Sans même s’en rendre compte, elle franchit une petite marche et pénètre sur la terrasse. Le bois grince sous ses pieds nus. Le froid la fait greloter.

- Ça y est ! Tu es folle, comme ta bonne vieille mère, murmure-t-elle, hypnotisée par la vue.

Si la folie consistait simplement à imaginer des paysages de montagne, elle ne serait pas la cause de souffrances décrite dans les traités de psychiatrie. Avoir la tête dans les nuages, rêver d’une vie meilleure ne figure pas au nombre des symptômes de la démence. Pas encore.

Une fois remise du choc, Lina a l’idée de regarder en bas. Une route serpente entre de grands chalets cossus puis traverse un joli village de montagne pittoresque à souhaits d’où s’élève un clocher. Ces dernières années, Lina n’a eu pour horizon qu’une enfilade de toits et d’antennes, la grisaille parisienne hantée par la rumeur des rues surpeuplées. Depuis son arrivée en France, 23 ans plus tôt, Lina a toujours vécu à Paris. Elle ne connaît de la Province qu’elle arpente de concerts en concerts que les hôtels de banlieues et les gares.

Et plantée là, sur cette grande terrasse, face à ce merveilleux panorama, elle a simplement envi de retourner se coucher. La beauté épurée du paysage ne l’atteint pas. Peut-être que quand elle se réveillera, elle sera de nouveau chez elle ?

Si elle écoutait la sensation d’oppression qui lui pèse sur le torse, elle qualifierait ce qu’elle est en train de vivre de cauchemar, mais elle se convainc qu’elle est en train de rêver. Elle y met toute sa volonté.

- Je vais me réveiller, murmure-t-elle en se retournant.

Elle cligne des yeux en découvrant la chambre luxueuse d’où elle vient d’émerger. Le lit, pourtant de bonne taille, paraît minuscule, comme écrasé dans ce vaste espace. Au lieu de bloquer l’horizon, des murs immaculés ne font que le rendre plus incertain.

- Je vais me réveiller, répète-t-elle encore et encore.

Mais la réalité refusant de reprendre son allure familière, elle retourne se coucher et se rendort immédiatement, comme sonnée.

Elle opte pour le sommeil. Pour la fuite immobile.

[1] Je suis né près de la rivière, dans une petite tente. Oh et comme la rivière, depuis je courre. Cela fait longtemps, très longtemps que je l’attends. Mais je sais que le changement viendra. Oh oui, il viendra.

Published by Li-Cam
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2 avril 2015 4 02 /04 /avril /2015 18:27

Celle qui n'a pas lieu d'être

 

Nouvelle publiée dans l'Anthologie "Frontières", dirigée par Charlotte Bousquet - CDS Edition 

 

À mon docteur, tous mes frères sans frontières et à celui qui siffle.

 

LI-CAM 

 


DSC00342 2 Je suis et serai toute ma vie une non-personne, je n’ai pas lieu d’être car je suis née sans frontière.

— Colle tes épaules contre le mur, me dit-il, et regarde-moi dans les yeux.

S’il savait l’effort qu’il me demande peut-être se montrerait-il plus miséricordieux ? Il porte un badge mentionnant « pédopsychiatre » sur sa blouse blanche, mais ce titre ne signifie pas qu’il ait la moindre idée des tourments qu’il m’inflige avec son « regarde-moi dans les yeux ». Que sait-il de ce que je suis ? Il met des mots sur ma condition, mais les mots ne sont que des outils qui fonctionnent en surface, et je suis une créature des tréfonds.

— Regarde-moi ! Je ne te toucherai pas, je te le promets. Je sais que tu en es capable. Ne fais pas semblant de ne pas me voir ! Allez ! Regarde-moi, Clara !

Je sais qu’en utilisant mon prénom, il essaie de s’approcher, de se connecter ; je n’aime pas entendre ces deux syllabes dans sa bouche pour cette raison. Je ne fais pas semblant de l’ignorer. Son badge me suffit amplement : docteur A. Lutsch.

— Préfères-tu que nous jouions avec le stylo ? dit-il en sortant un Bic de sa poche, avant de le faire tourner d’un mouvement de poignet saccadé près de son visage.

L’univers tout entier se réduit à ce mouvement rotatif et régulier, si apaisant. Je me sens bien. J’oublie où je suis. Je perds la conscience d’exister…

Je fuis sur la face cachée.

Les images affluent, elles explosent en feu d’artifice, se déversent tel un torrent dans mon esprit ; un millier de mondes en un. Je me balance d’un pied sur l’autre pour accélérer le débit du débordement et creuser le trou noir qui me sépare du monde. Des univers entiers qui ne seront jamais viennent s’échouer sur mes iris. Je ne cille plus de peur de rater toute une existence en un clin d’œil.

Le docteur Lutsch prend une pause, et me parle comme si je n’existais pas.

— Elle a fait beaucoup de progrès et je souhaite qu’un jour, il ne lui reste plus de sa différence que je me refuse à voir comme un handicap qu’un goût prononcé pour le travail intellectuel… Cette capacité d’abstraction, elle doit la mettre au service de la réalité, pas se laisser emprisonner par elle.

Le docteur Lutsch réfléchit à voix haute. Je trouve ses monologues rassurants. Je n’ai jamais eu besoin de mots pour penser, je me contente des images, pourtant quand il parle tout seul, je le sens plus proche. Ses contours se font plus nets, presque palpables. Lui, avec ses phrases qui débordent de sa conscience, et moi inondée de mille contrées, nous errons quelque part loin de la chair. Je sens qu’il est absent, j’en profite pour le regarder. Je le dévore des yeux, de ce regard perçant qui caractérise ceux qui n’ont pas lieu d’être. Je me fonds en lui. Je le laisse enfin m’atteindre. Les rides profondes qui barrent ses joues me serrent le ventre.

— Je sais qu’elle comprend tout ce que je dis. Je crois même qu’elle ressent tout ce que j’essaie de cacher. Quand elle s’ouvre sur le monde, elle se laisse envahir car elle ne sait pas se protéger. Elle voit mieux, elle attend mieux, elle sent mieux, elle touche mieux, elle goûte mieux, elle comprend mieux, elle vit plus grand, plus fort, mais ce n’est pas une raison pour craindre la vie. Les allergies se soignent par l’immunisation : c’est en se confrontant au monde qu’elle guérira.

Je tape mon dos contre le mur. Cette douleur-là, je la contrôle parfaitement. Alors que je n’arrive pas à faire refluer la terreur qui m’envahit. Le docteur Lutsch a posé sa main sur ma tête. Ou à travers mon corps. Je ne peux plus respirer. Je suffoque. Je me berce pour endiguer la panique. Et je bascule complètement sur la face cachée au monde.

Le docteur Lutsch existe aussi, ici. À l’intérieur, il s’appelle le Garde-Fou, il a la même apparence que de l’autre côté, sauf que ses yeux sont identiques aux miens et qu’il a six bras. Il est le premier à être entré, bien avant Maman et Papa. Il me tient la main sans dire un mot, et nous fixons le ciel de toutes les couleurs du prisme, dans l’attente que les nuages nous racontent des histoires.

02459.jpgNous arpentons désormais un désert constellé de pierres bleues, fendu de deux canyons, l’un à notre gauche et l’autre à notre droite. Sur chaque rive se tiennent des milliers de poupées, toutes semblables mais d’âges différents. Je hais les poupées, surtout celles qui pleurent car elles me rappellent que je ne peux pas être touchée ni consolée. Je les appelle les « Vilaines », elles sont la même personne démultipliée à l’infini, de sept à soixante-dix-sept ans. La seule chose que je sais d’elles, c’est qu’elles ne sont pas moi. Elles nous désignent du doigt en hurlant et leurs cris se mélangent pour enfanter une clameur monstrueuse qui nous vrille les tympans.

J’en choisis une. Elle vole par-dessus le canyon pour nous rejoindre et atterrit sur ses jambes, en face de nous. Elle gesticule, fait du bruit, bave, s’énerve…

Elle m’insupporte, alors je la pousse dans le vide.

Le Garde-Fou me lance un regard noir, puis appelle une autre Vilaine. Qui nous rejoint sur-le-champ. Les six mains de l’avatar du Garde-Fou s’emparent de son visage en plastique et lui ébouriffent les cheveux, lui tirent sur les joues, lui écarquillent les yeux. Une fois son ouvrage terminé, il se tourne vers moi et me sourit. Je mémorise la forme de ses traits, puis je contemple la Vilaine qui grimace, me montre les dents… à moins qu’elle ne me sourie, elle aussi ?

Le Garde-Fou soupire.

Il recommence à façonner la Vilaine inexpressive. Il lui aplatit les cheveux, lui tire sur les bajoues et lui crache dans les mirettes. J’ai une envie phénoménale de vomir rivée aux tripes. La solution pour calmer ma nausée : pousser cette Vilaine au fond du canyon… Je croise les bras dans mon dos pour m’éviter de faire cette bêtise, car c’est moi qui commande ici. Je regarde cette Vilaine, je la fixe. Elle a les joues trempées de salive et le nez qui bave. La nausée me serre la gorge. Cette Vilaine ressemble à s’y méprendre à la créature qu’ils appellent « Laisse ta sœur en paix » quand je lui prends ses jouets. Une gorgée de bile s’échoue sur mon palais.

J’aimerais pousser « Laisse ta sœur en paix » au fond du canyon.

Pourtant, je me domine. Je la scrute. Elle a les lèvres tremblantes, une mèche de ses cheveux frisés est prise dans sa bouche ; son front est strié de deux rides profondes, elle fronce les sourcils, de l’eau lui coule des yeux et un liquide gluant s’échappe de son nez. Elle émet des couinements semblables au bruit de la porte de ma chambre quand je m’amuse à l’ouvrir et la fermer très vite. Est-ce que cette tête-là signifie « Rends-moi ma poupée » ?

Sur un rythme régulier, le Garde-Fou commence à frapper dans ses six mains. Ce son me communique une sensation de bien-être, comme quand celui qu’ils appellent « Papa » ou encore « Ton père » siffle la musique de Pinocchio. Dès que j’entends cet air, je tourne autour de la table du salon et, au fur et à mesure qu’il accélère le tempo, mes pas se font plus rapides. Les images explosent dans ma tête. Le monde de celui qui siffle effleure le mien. Pendant une demi-heure ou une heure, nous vivons au même rythme. Celui qui siffle dort par terre, au pied de mon lit, quand il est là, je ne crie plus dans le noir. Celui qui siffle n’élève jamais la voix. Celui qui siffle ne me considère pas comme anormale. Celui qui siffle… Celui qui siffle… Celui qui siffle… Celui qui siffle… Celui qui siffle… Celui qui siffle… Celui qui siffle… Celui qui siffle… Celui qui siffle… Celui qui siffle… Celui qui siffle… Celui qui siffle… Celui qui siffle… Celui qui siffle…

Je fredonne Pinocchio pour faire taire l’écho de ma pensée.

À l’initiative du Garde-Fou, une autre Vilaine vient se placer aux côtés de la précédente. Et elles se mettent à converser. Elles rompent l’harmonie avec une telle violence !

Je fredonne plus fort mais elles hurlent.

— Il fait beau aujourd’hui, ne trouves-tu pas ?

— C’est vrai, c’est une belle journée.

— Un si beau soleil remonte le moral.

— Il était temps que le printemps arrive.

Terrorisée, je me réfugie derrière le Garde-Fou. J’ai envie de crier moi aussi pour couvrir le son des voix. Je tape mon front contre le dos de mon professeur ès « comportements humains » pour m’extirper de l’esprit ces deux Vilaines. Il n’y a rien à faire, elles continuent à baragouiner. Je sais que le Garde-Fou attend de moi que j’ouvre la bouche pour formuler ma pensée. Il n’est pas dupe. Il a compris depuis longtemps que je peux parler si je le veux. Je pourrais parler… ici… ce serait moins dangereux qu’ailleurs. Pourtant, je crains qu’il n’aime pas ce que j’ai à dire. Peut-il comprendre ce qu’il y a d’effrayant chez ces deux Vilaines qui parlent du temps qu’il fait au-dessus de leur tête, sans jamais lever les yeux vers le ciel ? S’il fait si beau, pourquoi n’en profitent-elles pas ?

Je rassemble mon courage. Je me décale d’un pas. Je lève le visage vers le ciel, la douce caresse du soleil sur ma peau me fait frissonner et je murmure :

— Je ne pourrai jamais être comme elles, c’est trop absurde…

Mais les Vilaines ne m’entendent pas et continuent leur mauvaise farce.

— C’est un temps à jouer sur la terrasse. Qu’en dis-tu ?

— Oh que oui !

— Maman m’a acheté la nouvelle Barbie qui danse.

— Et moi, j’ai eu le camping-car Barbie pour mon anniversaire.

—Et si on jouait à la dinette avec ma Barbie et ton camping-car !

— Super !!

Dans ma tête, je hurle :

« Ne vous approchez pas ! Ne vous approchez pas ! Ne vous approchez pas ! Ne vous approchez pas ! Ou si vous approchez… faites-le doucement, en silence, car vous marchez trop près d’un monde sans frontière, plus vaste et plus riche que tout ce que vous ne pourrez jamais concevoir : un monde sans mots à l’intérieur, seulement des images, une pensée pure sans aucune limite…

Je suis autiste.

Ne vous approchez pas ! Restez de l’autre côté !

Quand vous traversez, tout disparaît. Il n’y a plus aucune logique, plus aucun ordre. Vous êtes le chaos ! J’aime mes mondes intérieurs, il y a tant d’images, de vie, de musiques, d’idées, je ne m’ennuie jamais, je ne me sens jamais seule ou incomprise. Mes mondes sont tellement meilleurs que le vôtre, ils n’ont pas de frontière, même pas moi, car dans mes mondes ou dans le vôtre, je n’existe pas, je me contente de contempler… »

— Ne vous approchez pas !

J’ai hurlé sur la face cachée.

Et dans le cabinet du pédopsychiatre.

Le docteur me regarde, livide. Il rajuste la ceinture de sa blouse blanche et recule de deux pas. Il n’ose pas me sourire de peur de me faire retourner d’où je viens. Il se met à parler à son dictaphone comme si sa vie en dépendait.

J’écoute le Docteur Lutsch partager sa joie scientifique avec son appareil. Je ne comprends rien à son charabia, mais quand il dit : « Autisme de haut niveau de fonctionnement », je visualise un aigle qui tombe du ciel et qui lutte pour reprendre de l’altitude. J’entends ses cris aigus et le battement de ses ailes immenses qui frappent l’air avec la force du désespoir. Comme l’oiseau, je ne suis pas faite pour vivre sur terre. J’ai trop peur des poupées qui marchent, qui parlent et qui pleurent.

J’ai envie de tourner en rond dans le cabinet, car ainsi je contrôle le monde entier, mieux j’aimerais tourner sur moi-même car ainsi je pourrais faire tourner la pièce entière à mon rythme, à ma volonté, jusqu’à satiété, jusqu’à ne faire qu’un avec les murs, mais le docteur Lutsch m’observe. Alors, je me contente de me balancer d’une jambe sur l’autre en murmurant :

— Je me vois comme un monstre, je me vois comme un monstre, je me vois comme un monstre, je me vois comme un monstre, je me vois comme un monstre, je me vois comme un monstre, je me vois comme un monstre, dans vos yeux.

Et le Garde-Fou me parle à l’intérieur : « Tu tourneras sur toi-même seulement quand tu seras certaine que personne ne peut te voir. Tu ne fredonneras qu’après avoir vérifié que personne ne peut t’entendre. À partir d’aujourd’hui, tu vivras deux vies séparées, une dans ta tête et l’autre sur la mauvaise planète. Tu viens de tomber du ciel. La chute est rude. Elle est douloureuse, mais dans quelques années, tu ne sentiras plus rien. »

L’aigle s’est écrasé dans l’herbe. Ses ailes immenses, grandes ouvertes, frémissent.

Il agonise en sifflant la musique de Pinocchio.

« Il était une fois... - Un roi ! s'écrieront aussitôt mes petits lecteurs. Non, les enfants, vous vous trompez. Il était une fois un morceau de bois… » raconte le Garde-Fou.

L’aigle n’est pas mort. Il se relève et titube sur le sol, traînant derrière lui ses ailes immenses qui l’empêchent de marcher.

J’ai rivé mes yeux dans ceux du Docteur Lutsch. Je ne me balance pas. Je ne bouge pas. Je ne me mords pas l’intérieur des joues. Je ne me tords pas les poignets. Je me tiens droite, un pied de chaque côté du canyon qui me sépare de mon docteur.

En équilibre entre deux mondes.

Je suis née une fois, je suis née deux fois, …

« Il était une fois Clara, … - Un sujet, s’écrieront mes lecteurs. Non, vous vous trompez, il était une fois un pantin qui a appris à faire la grimace. »

 

 

 

« So they all walk around with their heads looking down, but never look up and see how beautiful the sky is. »

Autistic anonymous.

Première phrase de Pinocchio – Carlo Collodi

Published by Li-Cam
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26 février 2015 4 26 /02 /février /2015 20:24

Il y a tellement de choses à apprendre…

Du cœur des autres,

Des choses utiles, belles et sensées,

Tu n’as pas idée !

 

Mais au lieu de t’ouvrir au monde,

Ils t’ont entrainé dans leur terrible ronde,

De peur et de haine au nom de la foi,

Impossible de combler le gouffre qui s’ouvre en toi.

Ce lendemain dont je sais qu’il ne nous ressemblera pas,

Transforme déjà notre présent en prison.

Ces cages à en perdre la raison,

Tours de béton qui grignotent la fureur de vivre,

Les lâches ne se bâteront pas, ils danseront sur ton cadavre.

 

Il y a tellement de mots que tu aurais pu entendre,

Du cœur des autres,

Des mots qui ne sonnent pas faux,

Tu n’en as pas eu, comme moi, plus qu’il n’en faut !

 

Emprisonné, je suis né avec les livres,

Ivre du savoir que je me suis approprié,

contre tous ceux qui étaient prêts à me condamner,

Au nom d’une différence qui érige la plus épaisse des frontières,

Je n’avais pas lieu d’être,

Et pourtant, si je ne peux pas te parler, je peux t’écrire,

Toujours d’encre, le son de ma voix ne te mènera pas au pire.

Je connais cet autre qui te fait si peur,

Ce monstre indifférent à ton malheur.

Handicapé qu’ils disaient décapité,

Quand je prends ma plume, je ne leur livre que le meilleur.

 

Il y a tellement d’encouragements que tu aurais pu recevoir,

Du cœur des autres,

Des sourires et des lueurs d’espoir,

Dont tu n’imagines pas le pouvoir.

 

Moi aussi, je suis né dans le béton des citées,

Peu de gens le savent car j’ai fait table rase de mon passé,

Sans le vouloir, je l’ai oublié avec cet autre,

Cette créature male fichue qui contre toute attente a survécu,

Et dont personne n’imaginait la force d’être,

Je me suis réinventé et ils ne m’ont plus reconnu.

Derrière l’alias, au fond de la forteresse, il subsiste un vague écho…

De la noirceur qu’engendrent tous les ghettos,

 Qu’elles soient de bétons, d’aciers ou simplement de silences écorchés.

 Les étiquettes, tu ne peux les couper, mais tu dois y inscrire des portes enchantées.

 

Par delà les strates de pseudonymes, je connais la défaite intime

Que le mépris des autres imprime,

Le miel que tu as reçu de la langue bifide des marchands de foi,

Ce poison qui a le pouvoir de rétablir ta confiance en toi,

Conduira tes pas trop loin, jusqu’à cet épouvantable martyre.

Du cœur des autres, ils se nourrissent et bâtissent leur empire.

Ils fouleront du pied tes rêves, tes espoirs, tes moindres désirs,

Il était une fois plus de compassion dans un éclat de rire,

Ne les croies pas, et si tu les entends gémir,

Sache que ces lâches ne se bâteront pas, ils danseront sur ton cadavre.

 

Et si plus personne ne peut deviner d’où je viens,

Je garde de mes origines un don peu commun

Derrière leur sourire, je sais les reconnaître.

Ils réveillent cet autre, emmuré mais clairvoyant,

Ce supplément d’âme trop fragile et bienveillant,

Dont ils ont dû m’amputer pour que je puisse vivre avec toi.

Alors, je ne te délaisserai pas.

Quoi qu’il arrive, même si tu ne me vois pas, je crois en toi !

Moi, le petit être chétif dont la vie déborde de son lit,

Je ne peux te parler, ni te coucher ou bien t’aimer,

Mais du fond de mon silence, je n’ai jamais eu à condamner ou à prier,

C’est pourquoi je crois en toi.

Car du cœur des autres, derrière mes murs, je me noie.

 

Il y a tellement de choses à apprendre…

Du cœur des autres,

Des choses utiles, belles et sensées,

Tu n’as pas idée !

 

Depuis ce gouffre où résonnent toutes les peurs et les haines du monde,

Du cœur des autres, je me fais l’écho.

Et de ces mots qui n’ont de sens que si tu n’y crois pas trop,

Je t’écris « Tu n’entreras pas dans leur ronde » !

 

Ne les écoute pas,

Ceux-là ne se bâteront pas,

Et au moment de mourir, tu verras leur sourire,

Ils danseront sur ton cadavre.

Tous ces enfants que le mépris a rendu méchant,

En criant que le Dieu auquel tu crois est grand !

 

Alias Jefferson di Nostradonna

poeme-jef.jpg

Crédit photo : Jean-Emmanuel AUBERT

Published by Li-Cam
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23 février 2015 1 23 /02 /février /2015 19:56

Dans l’article précédent, intitulé Allo Charlie Bobo, j’ai confié être Illuminati, et je suis consciente que cette révélation a pu choquer les âmes les plus crédules. Un tel Coming Out n’est-il pas contreproductif ? Car ce faisant, je ne me suis pas contenté de dire que j’étais franc-maçon, non en me proclamant Illuminati, j’ai révélé à la face du monde que je suis sataniste, sous mon déguisement d’être humain se cache un serpent adepte de la manipulation mentale, dont l’unique but est de faire basculer le monde dans ce nouvel ordre mondial dont le slogan, mon dieu quel horreur  est : Liberté, égalité, Fraternité. 

 

Si toi aussi, tu viens de te rendre compte que tu es Illuminati, je te conseille de tomber le masque. A force de te taire, de laisser l’argent parler à ta place, le message n’atteint plus ceux qu’il était censé protéger.

 

Aux risques de décevoir, je dois préciser que ce nouvel ordre mondial qui fait si peur à quelques internautes (qui se sont égarés trop loin sur la toile) existe depuis 1948, date d’adoption par l’Organisation des Nations Unies de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, comme texte suprême, placé depuis au sommet de la hiérarchie des lois dans le Monde Libre. Et oui, ce nouvel ordre mondial adorateur de Satan s’appelait Monde Libre autrefois quand le message n’avait pas encore été rendu inaudible.

 

Comble de l’horreur Luciférienne, en me proclamant Illuminati, j’ai avoué être membre de l’élite de la Franc-Maçonnerie, un maitre du 33ème degré, un petit prince illuminé, un porteur de lumière, un descendant du prince de ce monde …

 

Mais qui sont donc ces Illuminati ? Qui sont ces serpents manipulateurs qui œuvrent dans l’ombre pour changer le monde ? Oh surprise, ce sont toujours les mêmes, c’est-à-dire les libres penseurs rationalistes, autrement désignés Porteurs de Lumières,  Défenseurs des droits de l’Homme ou encore Sentinelles de la Démocratie, mais nos détracteurs (qui eux aussi sont toujours les mêmes) nous désignent par d’autres qualificatifs beaucoup moins glorieux comme « Chancres de la bien-pensance » pour les plus modérés d’entre eux ou encore « Adorateurs de Satan » pour les plus fanatiques dont le credo est « La tolérance humaniste sort droit de l’enfer et doit y retourner ! ». (Si Tolérance est synonyme d’Enfer sur terre pour toi… J’en suis profondément désolée.)

 

Mais que défendons-nous, nous, les chancres de la bien-pensance ?

Je laisse la parole à un libre penseur éclairé, philosophe humaniste et roi des chancres de la bien-pensance …

« Plus l’être humain sera éclairé, plus il sera libre ».  

Voltaire.

 

La doctrine humaniste laïque et universaliste est née au 18ème siècle avec La Philosophie des Lumières, mais elle n’a trouvé l’écho qui lui donnera son rayonnement mondial actuel qu’en 1939 lors de la lutte du monde libre contre le Nazisme. L’Humanisme laïque porte en lui l’idée de l’Émancipation de l’être humain par le Savoir et la Connaissance pour contrer  toutes les formes d’oppression qu’elles soient politiques, religieuses, sexistes, racistes… L’Humanisme prend différentes formes en fonction de ceux qu’il protège et souhaitent émanciper, il s’appelle donc aussi Féminisme, Antiracisme, Protection de l’Enfance, mouvements de lutte pour la défense des droits des homosexuels… Les organisations humanistes les plus célèbres sont, Amnesty Internationale, qui travaille à la protection des droits de l’Homme dans le monde entier depuis 1961, l’UNESCO, organisation des Nations Unies pour l’Éducation, la Science et la Culture, l’UNICEF qui œuvre à la protection des droits de l’enfance, et last but not Beast l’Organisation des Nations Unies elle-même, créé le 26 juin 1945, qui a adopté le 10 décembre 1948 la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme comme feuille de route et comme outil de promotion de l’exercice universel des droits de l’Homme.

Même si la déclaration universelle des Droits de l’Homme a eu plus d’impact sur l’Humanité que tout autre texte, je souhaite préciser à tous ceux qui prétendent que l’organisation secrète Illuminati gouverne le monde, que les Humanistes s’impliquent rarement dans les gouvernements en tant que tel. L’Humanisme a pour vocation de protéger les peuples contre l’oppression et de réfléchir au monde de demain, il n’est pas une force politique au sens strict, il s’agit d’une Philosophie.

 

Quelles sont les accusations que l’on porte contre les Porteurs de Lumières ?

Les chancres de la bien-pensance sont tous membres d’une société secrète !

 

Pour répondre aux accusations contre la Franc-maçonnerie, je confirme que la société secrète (qu’il est de moins en moins…)  est d’obédience humaniste, les différents ordres monothéistes ou athées se faisant concurrence dans une revendication d’un humanisme vrai qui pose la question des dérives inhérentes aux sociétés secrètes. (À trop évoluer dans l’ombre, il arrive qu’on ne trouve plus les Lumières dont on se revendique).  

Mais on peut parfaitement être humaniste sans être franc-maçon ! L’Humanisme est une conviction, un système de valeurs, ce n’est pas une société secrète.

 Je dirais même que promouvoir le secret (l’ombre), quand on est humaniste recèle nombre de contradictions sur lesquelles je ne m’attarderai pas. La Franc-Maçonnerie n’a pas le monopole de l’Humanisme,  je ne renie pas ce faisant, l’importance historique de la Franc-Maçonnerie en tant que lieu de la réflexion, même s’il arrive à certains courants de flirter avec l’Obscurantisme que nous sommes censés combattre.

 

Les chancres de la bien-pensance sont tous athées !

Parmi les humanistes, on trouve des athées certes, mais également des croyants, voire aussi des religieux, comme par exemple l’ordre des Jésuites ou Compagnie de Jésus, qui prône qui l’apprentissage des humanités passe par l’Éducation et le Savoir. Les Jésuites ne s’opposent pas à la Science et considèrent que tout ce qui permet à l’Homme de mieux comprendre le monde le rapproche de Dieu. Les Jésuites ont longtemps été considérés par la frange la plus radicale du catholicisme comme des hérétiques, en raison de leurs idées humanistes. Le pape actuel est donc un défenseur du nouvel ordre mondial qui œuvre pour la lutte contre l’oppression et toutes formes de discrimination,  prône l’égalité entre les Hommes et œuvre pour la paix entre les peuples. (Ahhh vade retro satanas !). Il existe également un humanisme judaïque. La réflexion vers un humanisme musulman est engagée depuis très longtemps.

 

L’Humanisme étant une philosophie, il ne s’oppose pas aux religions. Et par extension l’Humanisme laïque ou athée non plus, puisqu’il garantie notamment la liberté de conscience, c’est-à-dire la possibilité pour tout être humain de croire ou de ne pas croire en Dieu qu’il s’agisse de YHWH ou d’Allah ou qui sais-je encore. L’Humanisme ou « Philosophie des Lumières » s’oppose à l’Obscurantisme qu’ils soient religieux ou politiques, il lutte contre toutes formes de totalitarisme et contre la dictature en faveur de la Démocratie. Historiquement, l’Humanisme est né de la lutte contre l’Inquisition Catholique, et s’il s’est imposé seulement en 1939, c’est parce qu’il a représenté à cet instant le seul rempart contre le Nazisme et le Génocide du peuple juif. Un rempart idéologique derrière lequel tous ceux qui placent la vie humaine au centre de leur préoccupation se sont réunis.

 

Comment parler d’Humanisme sans citer le plus célèbre, le plus brillant des humanistes universalistes :

 

« Rien ne nous trompe autant que notre jugement ».

Léonard de Vinci.

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Ce dessin à la plume, « L’homme de Vitruve » réalisé par Léonard de Vinci est le symbole de l’Humanisme, l’Homme y étant dessiné au centre d’un carré et d’un cercle, il se retrouve ainsi placé au centre de l’Univers, le carré symbolisant les forces matérialistes et le cercle les forces spirituelles (Les aspirations de l’Homme a dépassé sa condition, à se sublimer, à se transcender, à s’améliorer, à développé une conscience qui le dépasse et englobe le genre humain tout entier - Illumination).

 

L’Histoire de l’Humanisme est marqué par la Résistance des Dogmatismes et des systèmes de pensée totalitaire contre lui, résistance acharnée qui pour le discréditer l’assimile au Satanisme. Les catholiques intégristes ont participé à propager ce mensonge, aujourd’hui récupéré par l’Islam Intégriste. Les Nazis, quant à eux, ont propulsé l’Art du dévoiement à des sommets encore inégalés, puisqu’ils ont été les premiers a utilisé le mythe du complot mondial dans leur propagande mensongère, accusant les juifs, les femmes, les homosexuels, les tziganes (et toutes les minorités incapables de se défendre … ) de vouloir gouverner le monde (en lieu et place du bon aryen blond aux yeux bleus de sexe masculin).

 

En toute logique quiconque dévoie l’Humanisme et la Philosophie des Lumières avoue ses accointances avec le Nazisme, et avec tous ceux qui prônent la supériorité d’une race sur les autres… L’Humanisme refuse la notion de choc des civilisations, si chère à certains, car la Civilisation ne peut s’opposer qu’à la Barbarie. Pour un humaniste, il est hors de question de mettre en place une hiérarchie des civilisations, façon de prôner sans en avoir l’air une hiérarchie des races. Étant bien entendu que les systèmes de pensée totalitaire peuvent émerger de toutes les civilisations, le nazisme apparu en Occident après la crise de 1929 reste le plus odieux exemple de ce dont est capable l’être humain quand la peur le contraint à se replier sur lui-même, à se chercher des boucs-émissaires, s’amputant ainsi de son humanité pour s’ériger au-dessus des autres hommes.

 

Pour un humaniste, il existe des principes moraux qui aident l’Humanité à survivre et à prospérer et qui font avancer la civilisation et d’autres principes moraux qui sont susceptibles de la faire stagner voire de la faire régresser vers la Barbarie. Parmi les principes moraux susceptibles de faire régresser la civilisation vers la Barbarie, on trouve le Conservatisme et les courants de pensée réactionnaires qui s’attachent aux valeurs traditionnelles et refusent l’idée que l’ordre social puisse être modifié par la volonté humaine. En ce sens, toute tentative d’introduire de nouveaux droits sera dénoncée comme hérétique par tous ceux dont le système de valeurs est rigide et basé sur le Conservatisme. L’Humanisme transcende donc toutes les cultures et les religions. Sa vocation est l’Émancipation toujours plus grande de l’être humain grâce au Savoir, à la connaissance et à la science. Le savoir et la connaissance étant ce que l’on apprend de l’autre, plus on ouvre son champs de connaissance, plus on s’ouvre au monde et aux humanités. Un humaniste se doit donc de considérer toutes les cultures et toutes les religions sans parti pris. Le but de l’Humanisme est la mise en commun universelle de tout ce que les hommes ont accompli de meilleur.

 

L’État d’esprit d’un humaniste est décrit sous forme allégorique dans « Le petit Prince » d’Antoine de Saint-Exupéry. Le petit prince parcours l’univers entier et rencontre des tas d’êtres humains tous convaincus de détenir la Vérité, au détriment de tous les autres points de vue. L’Humanisme est très attaché au pluralisme et à la multiplicité des points de vue, qui seuls permettent la mise en commun et la définition d’un intérêt général. L’humanisme cherche avant tout à déterminer ce qui nous rapproche les uns des autres et se bat contre toutes formes de discrimination qui cherchent à morceler l’Humanité, à opposer les hommes les uns aux autres. Pour un humaniste, la différence est une source de richesse, pas une menace identitaire. En tentant de prendre de la hauteur, en s’émancipant de tous ses a priori culturel, quitte à se défaire de certains réflexes parfaitement humain, l’humaniste développe une conscience qui englobe toute l’humanité. Il est fraternel.

 

L’Humanisme ne fait peur qu’à ceux qui se pensent supérieur (que ce soit pas leur race ou par leur système de valeurs) et ne veulent pas de l’égalité, ni de la fraternité entre les Hommes.

Tout être humain qui a pris conscience d’un système de valeurs universels et qui y travaille à quelque niveau que ce soit est un Porteur de Lumière. Il n’existe pas de secret Illuminati, il n’existe qu’une « Philosophie des Lumières » accessible à tous ceux qui savent lire.

Car les sentinelles humanistes sont nombreuses, pour ne pas dire Légions.

 

Les humanistes sont pacifistes, ils n’utilisent qu’une seule arme, la Lumière … allégorie du Savoir et de la Connaissance. Nos armes sont donc la plume ou le crayon et le maniement des mots et des idées.

 C’est sans doute pour cette raison qu’on nous accuse d’être des manipulateurs de l’esprit. 

Certains se demandent pourquoi l’attentat contre Charlie Hebdo a fait se lever toutes les sentinelles… Pourquoi tout d’un coup, on entend plus que le mot « Humanisme » ? Le premier à l’avoir prononcé sur France Télévision est Maître Robert Badinter (si d’autres sentinelles se sont éclairées avant le Phare, je suis désolée de ne pas les avoir vues…), ancien garde des sceaux de François Mitterrand, dont l’œuvre comprend notamment l’abolition de la peine de mort et la suppression des dernières dispositions pénalisant l’homosexualité.

En plus de rappeler son obédience Humaniste, le maître a dit : « Ils sont morts parce qu’ils étaient des soldats de la Liberté ».

 Une phrase qui peut paraître absconse ou exagérée à qui tout en étant sympathisant n’est pas accoutumée au discours humaniste de l’ancienne garde. Mieux vaut donc le traduire dans une langue plus actuelle en utilisant par exemple la satire :

Un Un soldat de la liberté, c’est un Résistant. Un résistant résiste contre quoi ? Eh bien contre l’oppression.

(Ah zut, je m’ai trompé…)

- Un troufion de base, c’est un résistant. Un résistant y résiste contre quoi ? Contre ta connerie !

- Oui, mais Charlie Hebdo, c’était grave lourdingue ! Comparé Wolinski à Jean Moulin … faut pas exagérer quand même … Et ce gros enculé de Charb, on va pas nous faire croire que c’était le Général de Gaulle !

- Il faut se méfier du lourdingue … car c’est du lourd, c’est du dingue, mais derrière les conneries, y a parfois des trucs qui veulent dire quelque chose.

- Crevures de manipulateurs mentaux !

- La satire n’est pas de la manipulation mentale. C’est l’art de critiquer avec humour plutôt qu’à coups de battes de baseball.  En gros, tu te moques des cons mais au fond tu les aimes bien, c’est pour ça que tu te fais chier, que tu sues sang et eau dans l’espoir de leur apprendre deux trois trucs. C’est ça, la satire, tu combats la connerie à coups d’éclats de rire !

- Ahhh Satire !  T’es qu’une espèce d’obsédé sexuel !

- Non… euh ce serait trop compliqué à expliquer… oublions ça pour le moment… la satire est au service de l’Humanisme depuis la Renaissance. Par exemple Rabelais, grand couillon parmi les couillons disait : Par le monde, il y a beaucoup plus de couillons que d’hommes. » Et quelques années plus tard, Cervantes, un âne parmi les ânes, a ajouté que « Le miel n’est pas fait pour la bouche de l’âne ! » La bien-pensance s’exprime aussi en utilisant les armes de la mal-pensance. Pour mieux faire passer le message, il te faut médire un peu. Faut-il mal parler pour faire s’exprimer le peuple ? Faut-il médire pour être entendu ? La question mériterait qu’on s’y attarde… Peut-être un autre jour…

C’e- C'est pas toi qui va m’apprendre à penser, sale adorateur de Satan ! Moi, j’ai appris que qui pense mal y pense … chancre de la bien-pensance sataniste !!!

Ra- - Rasure-toi, je ne cherche pas à te punir. … Je n’ai jamais gazé personne en raison de ses origines ethniques. Et je ne suis pas non plus nostalgique de l’inquisition espagnole, je ne te brûlerai pas vif en place publique !

Sal- Sale donneur de leçons ! Tu ne me convertiras pas à ta religion de suppôts de Satan.

Je - Loin de moi l'idée de  te donner des leçons, tu as parfaitement le droit de t’exprimer librement. J’ai érigé la Tolérance comme plus grande des vertus. Je te dis seulement qui si tu jettes un homosexuel du haut d’une tour, tu me trouveras sur ton chemin.  Si tu gazes un juif, de même. Si tu jettes un arabe du haut d’un pont, de même. Si tu pends un noir, un jaune ou un rouge, de même. Si tu lapides, pends, gazes, brûles, écartèles, décapites un être humain au simple motif qu’il n’est pas comme toi ou ne pense pas comme toi, tu me trouveras sur ton chemin.

T’e- T'es qui pour me parler comme ça !

Per- Personne. J’écris des livres…

Et - Et t'as écrit quoi ?

Fill- Fille de la lumière, partout où son œil enflammé darde, son éclat chasse les ténèbres.

Co- Connerie !

Co- Entièrement d'accord avec toi… 

 

L’Humanisme est une philosophie ou une théorie qui pense l’unité de l’Humanité et qui prône que l’être humain s’émancipe et devient meilleur grâce à l’Éducation et la Connaissance. Ce n’est pas une religion, ce n’est pas un programme politique, ce n’est même pas tout à fait une doctrine. C’est un courant de pensée sans cesse en construction.

En dehors de la Déclaration Universelle de Droits de l’Homme, l’un des ouvrages phare de l’Humanisme est l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des Sciences rédigé par 150 savants ou philosophes sous la direction de Diderot et Alembert entre 1751 et 1772. La principale préoccupation de l’Humanisme a toujours été la transmission du Savoir, la lutte contre l’Ignorance et l’Obscurantisme. Le flambeau est un lourd fardeau qui exige des efforts. Beaucoup d’efforts. Car la libre pensée rationnelle est une lutte de tous les jours.

Mais il n’est pas nécessaire d’être franc-maçon pour être Humaniste. Il n’est pas non plus nécessaire d’être docteur en philosophie … Il te faudra par contre te former toute ta vie, te défendre de tous réflexes de discrimination et de stigmatisation afin de maintenir ton esprit ouvert à l’autre et à la nouveauté qu’il porte en lui. Il est vrai que pour te prétendre humaniste, il te faudra être un minimum lettré, atteindre un certain niveau d’érudition qui fait qu’on te trouvera sans arrêt en train de citer les philosophes et autres grands penseurs … Il te faudra donc prendre le risque de passer pour un donneur de leçons insupportable. Il te faudra aussi assumer d’être un sale intello. Pour être humaniste, il te faudra tout en acceptant ta mission intellectuelle, refuser d’être assimilé à une quelconque élite. Se prétendre meilleur que les autres est le premier pas vers  l’intolérance et la discrimination.

Mais si malgré tout, tu préfères la dictature et la torture, je me permettrai simplement de te donner non pas une leçon, mais un petit conseil :

Dans un régime totalitaire, tu ne peux jamais être certain de te trouver du bon côté du fouet. Au nom de certaines idées, tu seras amené à renier ta famille, tes amis, et un jour viendra où tu seras tenté de les assassiner parce que tu croiras détenir la Vérité. Dans un régime totalitaire, rien ne te garantie que tu trouveras toujours du bon côté du fouet … aux côtés de la veuve et de l’orphelin, aux côtés des miséreux, des oubliés, aux côtés des opprimés… Je dirais même que si tu laisses certaines idées te rentrer dans la caboche, tu te trouveras assurément un jour du côté des bourreaux.

 

Et si tu tires sur une sentinelle, parce qu’on t’a vidé la tête, tu seras pardonné.

 

Par contre, si tu n’es pas victime d’un lavage de cerveau, si ça te plait vraiment de torturer et de tuer, de mystifier et de manipuler les faibles d’esprits à ton seul profit, tu ne t’étonneras pas que les sentinelles se lèvent pour dénoncer tes idées.   

Tu as raison, les humanistes, ont toujours eu pour idéal de changer le monde, d’en faire un lieu où tous les hommes vivent libres, égaux, et en paix mais si cet idéal ne te va pas, je ne te jugerais, ni ne te condamnerais car je n’ai pas été formée pendant toutes ces années pour te dénoncer, j’ai été éclairée pour donner l’alerte et te transmettre le flambeau.

 

« Puissent tous les hommes se souvenir qu’ils sont frères ! »

Voltaire.

 

 

« La sentinelle scrute le fond des miroirs obscures et voient à travers toutes les étoffes. Elle tutoie le prince des déchus et trouve réponse aux questions qui ne se posent pas encore. Fille de la Lumière, partout où son œil enflammé darde, son éclat chasse les ténèbres. »

Published by Li-Cam
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26 janvier 2015 1 26 /01 /janvier /2015 20:02

Laïque jusque dans ma peine, j’ai attendu de me reprendre, d’être à nouveau capable de réfléchir sans me laisser déborder par l’émotion avant de laisser ma plume s’exprimer à propos de l’attentat contre Charlie Hebdo et la prise d’otages de l’Hyper Cacher.

Bien sûr, j’ai participé à la marche du 11 janvier aux côtés de millions de mes compatriotes. Bien sûr, j’ai eu des moments de tristesse, de colère, d’incompréhension totale, des moments de mépris aussi, mais que j’ai gardés jalousement pour moi. J’ai attendu que mon corps se vide de toute sa  « mauvaise humeur », tête de cochon irritée que j’ai muselé en me replongeant dans des lectures que je ne pensais pas avoir à revisiter de sitôt, tant faisant partie de mes références, elles semblaient faire corps avec mon monde.

Pourtant, dès le 7 janvier 2015, je me suis jetée tête la première dans Kant, Nietzsche, Voltaire, Rousseau, Descartes, Diderot, Hugo, Zola… puis, comme ça, au gré de mon errance intellectuelle, je me suis replongée dans la Torah, Le Nouveau Testament, le Coran que j’avais déjà lus voilà bien longtemps … Je me suis remémoré certaines conversations avec des chercheurs Jésuites datant de plus de 10 ans. Puis comme si tous ces efforts infligés ne me suffisaient pas, j’ai relu la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et la Constitution Française. J’ai appelé des gens, j’ai eu de longues conversations affligées, outrées mais finalement surtout sensées.  Tellement sensées…

Au fond, j’ai ressenti le besoin irrépressible de me replonger dans ma Culture d’athée humaniste et rationaliste, en respectant cette « sacro-sainte » démarche scientifique, qui fait qu’il est impossible de penser ou de réfléchir ex-nihilo sous peine de risquer de perdre son honnêteté intellectuelle, si ce n’est sa conscience ou de façon plus terre à terre, le sens des réalités.

En tant qu’auteure, je suis de ceux qui pensent la Culture, qui la manie, la remanie, la contextualise, la modernise, la confronte à la réalité de leur époque, la bouscule, lui font parfois cracher quelques vérités au détour d’une ligne enfouie sous des millions d’autres. Manipuler les idées, les concepts, les symboles, les mythes, est mon métier. C’est sans doute pourquoi, j’ai été si choquée que l’on puisse tuer au nom d’une idée. Une idée, ce n’est vraiment pas grand chose quand on en a des millions et qu’on peut les exprimer en toute liberté.

Éclaireur des avant-postes, je suis bien placée pour savoir qu’une idée n’est qu’une vue de l’esprit, des mots écrits ici ou là, qui parfois correspondent vaguement à une réalité néanmoins toujours parcellaire, toujours tributaire d’un contexte. Des mots ou des images qui trouvent un écho ou pas dans d’autres esprits.

Des mots ou des images qui susceptibles de faire réfléchir peuvent aussi entraîner la mort …

J’avais déjà été profondément agacée par les Manif pour tous et autres Jours de colère, qui défendent des non idées, contre idées, tuent la pensée, qui tendent à conserver dans le formol des préceptes éculés, alors avec Allo Charlie Bobo … que dire à part que mon agacement a atteint des sommets enneigés proprement Nietzschéen …

« Vouloir le vrai, c’est s’avouer impuissant à le créer » « Ce n’est pas le doute, c’est la certitude qui rend fou ».

D’ou vient que du doute existentiel et fondateur des prophètes, des artistes, des philosophes, les autres font des certitudes ?

Quand on peut créer et manier des centaines d’idées, en changer facilement, les associer entre elles ou encore les confrontées les unes aux autres, une idée n’est qu’une hypothèse, un concept assis sur un doute, doute qui pratiqué avec discipline permet de garder l’esprit agile, souple et ouvert, propre à générer de nouvelles idées.

Sans le doute, l’esprit est voué à se rigidifier et à ne régurgiter que des idées toutes faites, des jugements à l’emporte pièce, des discriminations basées sur des a priori… des certitudes mortifères.

Mais n’ôtons pas à la certitude sa principale vertu qui est de consolider les égos et les identités fragiles. Il faut paradoxalement être extrêmement sûr de soi pour accéder à la remise en question sans y laisser une plume. Il faut pouvoir se reposer sur une culture parfaitement apprise et comprise pour accéder au doute réflexif. Sur une culture seulement apprise, on se laisse posséder par la Culture en bon conservateur réactionnaire. Et sur l’absence de Culture prospèrent les théories du complot qui remettent en question ce que nous appelons la Philosophie des Lumières, mais dont une frange de la population ignore tellement le contenu qu’elle la perçoit comme une aberration venue d’une autre planète, véhiculée par des créatures illuminati si peu orthodoxes qu’elles ne peuvent être issues de la Divine Création … Des reptiles téléportés des confins de l’univers qui auraient asservi la terre et manipuleraient les hommes depuis des siècles … enfin disons plutôt depuis le 18ème siècle … dinosaures au sang froid, venus d’on ne sait quelle exo-planète,  qui possèdent la fâcheuse tendance  (allez savoir pourquoi… En fait, c’est évident mais faisons semblant de ne pas comprendre ) d’être de confession juive.

Un tel délire schizophrène doit nous interroger non pas sur notre hypothétique crise identitaire mais sur celle de ceux qui étaient censés recevoir notre héritage culturel. (Les valeurs de la République sont si peu mises en avant que même Zemmour ne sait plus qu’il est, ni d’où il vient !)

En tant qu’athée, humaniste, universaliste, rationaliste, démocrate, et écrivain, je sais parfaitement qui je suis, mais je dois me rendre à l’évidence que je vis peut-être à des années Lumière d’un grand nombre d’êtres humains …

Je suis un dinosaure à sang froid…

Ce n’est pas une certitude. Ce n’est qu’une hypothèse échafaudée sur Internet.

De tous temps, les discours sectaires, fondamentalistes ou extrémistes profitent de l’angoisse qui suinte des failles identitaires pour corrompre les esprits. Une fois fanatisés, les individus et les foules transforment leur angoisse existentielle en haine qu’ils projettent ensuite sur un bouc émissaire, si possible un juif, un arabe, ou un homosexuel, ou encore une femme, ou encore un libre penseur éclairé et athée (ce dernier étant si protégé qu’on se permet de s’en prendre à lui qu’en dernier recours …)

Une idée, ce n’est vraiment pas grand chose quand on en a des millions et qu’on peut les exprimer en toute liberté.

Qu’il soit nazi, fasciste, extrémiste religieux ou terroriste, le fanatique à l’égo en miettes doit impérativement haïr pour retrouver un semblant d’amour propre. Le fanatisme s’inscrit non pas dans une quête de sens mais dans la peur de ce que le sens pourrait révéler des insuffisances auto-supposées du fanatique lui-même. Le fanatisme conditionne l’amour de soi à la haine de l’autre dans un mouvement que l’on qualifiera de pervers en raison de l’impossibilité d’autocritique qu’il installe. Dans une telle construction psychique, la remise en question est impossible car elle pourrait entraîner la prise de conscience que je tiens debout grâce à celui que je hais et donc que je ne suis rien sans lui. Dans toutes formes d’extrémismes identitaires qu’ils soient religieux ou politiques, les idées ne sont que des prétextes à haïr, à discriminer, à disqualifier ceux qui ne pensent pas comme moi. En ce sens, ce ne sont plus des idées, mais des identités de substitution, des moi auxiliaires. Le fanatique incarne une idée qu’il défend corps et âme. Il incorpore une idée en lieu et place de l’identité qu’il devrait posséder. Il se laisse posséder par une idée au lieu de se comporter en digne héritier d’une Culture.

 En son temps, Voltaire nous demandait : « N’est-il pas honteux que les fanatiques aient du zèle et que les sages n’en aient pas ? ».

Les sages ont toujours eu la honte facile… la culpabilité à fleur de peau… Ils leur est impossible de se montrer aussi zélés que les fanatiques, car ils ont le doute bienveillant, la remise en question systématique, en résumé, le sage dinosaure à sang froid connaît le nom de son exo-planète, il sait qui il est sans avoir à discriminer et haïr qui que ce soit. Ancré dans une identité qu’il possède sans se laisser posséder par elle, le sage a l’outrecuidance de jouer avec les idées, avec les identités. Comment pourrait-il être autre chose qu’un imposteur ou qu’un mécréant aux yeux des fanatiques ?

Comme le disait Descartes, Si l’homme est libre, c’est Dieu qui ne l’est pas.

De la libre pensée librement exprimée, source du pluralisme des points de vues, nait la nuance, la complexité et la créativité, et au bout du compte la possibilité de réinventer le meilleur de l’homme, de l’obliger à un nouveau bond évolutionnaire. (Eh, Dieu, tu n’es plus à la hauteur, s’il te plaît, monte encore de quelques cieux !)

« Liberté, égalité, fraternité » peut-être est-ce trop demander au genre humain ?

Le porteur de Lumière romain n’a t-il pas été précipité en enfer par la Chrétienté ? La statue de la liberté a ceci de spécifique qu’elle se tient dans sa propre lumière et qu’elle n’éclaire que le monde libre...  Et encore les jours de beau temps… Cadeau de l’Europe, berceau de la démocratie à une démocratie naissante, elle est encore trop souvent assimilée à un symbole satanique … à la faveur d’une erreur d’interprétation. Oh Liberté éclairant le monde, tu étais censé guider les peuples opprimés jusqu’à toi… Que t’es-t-il arrivé ?

« Liberté, égalité, fraternité », comme étendard du libre penseur éclairé, tellement libre de sa pensée qu’il lui arrive souvent de trahir ses propres idéaux. Dans l’obscurité, la libre pensée est impossible; dans le noir, la libre pensée enfante des monstres, elle génère son antithèse : l’obscurantisme. La libre pensée éclairée, comme son nom l’indique, nécessité la transmission d’une Culture et de valeurs démocratiques. L’Éducation est donc primordiale. Allo, Charlie, Bobo … Allo, papa tango, Charlie … On accuse l’école et les parents de ne plus faire leur boulot, on s’affole de voir l’école, le premier bastion de la République s’effriter de toutes parts. On s’offusque… on pourrait même s’indigner, voire s’insurger si nous n’étions pas des dinosaures à sang froid. Mais que peut un prof seul face à la force de frappe de l’Internet et des grands médias. La liberté d’expression autorise-t-elle NRJ12, W9 et des programmes aussi obscures que les Anges de la Télé-réalité, L’ile de la Tentation et autres « bandes d’abrutis en quête de célébrité triés sur le volet et payés pour se dénoncer, se chicaner, s’en prendre les uns aux autres dans l’allégresse … » (les noms de ces émissions mériteraient qu’on si attarde …peut-être une autre fois) ? « Liberté, égalité, fraternité » Allo, Nabila, quoi ? « Touche pas à mon poste »… bah désolé, mais j’ai quand même un peu envi d’y toucher parce que ton poste véhicule une sale idée de la Démocratie susceptible de faire passer la Dictature pour un havre de paix et de respect. À « Touche pas à mon poste », je rétorque  : « Touche pas à mon pote, arrête de te foutre de sa gueule en lui fourguant ta merde ! »

Quand je dis que j’ai bien envie de toucher à ton poste, je plaisante… bien sûr. Je suis démocrate, libre penseur, fervent défenseur de la liberté d’expression, tu as parfaitement le droit de fourguer ta merde, j’attire juste l’attention sur la tache colossale qui attend les professeurs qui devront transmettre les valeurs démocratiques quand on voit les valeurs qui sont véhiculée par ailleurs.

En tant que dinosaures à sang froid, je ne me trompe jamais de programme, je reste scotchée à France Télévision, Arte et Canal plus … je ne prend pas le risque de laisser trainer mes enfants sans supervision devant la télé ou sur Internet. Des enfants qui ont de bonnes notes à l’école, à qui je m’efforce de transmettre mes valeurs d’intello de gauche et qui se sentent bien dans leur quartier de bobo et leur tête bien faite.

Mais curieusement, en tant qu’artiste, j’ai pris pour habitude de ne pas m’engager parce que … bah parce que je voudrais moi aussi fourguer ma merde.

Je crois … non, je pense qu’il est temps pour moi de retourner à l’école pour transmettre le flambeau. Oh Liberté éclairant le Monde, dans quel enfer mercantile t’ai-je laissé tomber ?

En tant qu’intellectuels, en tant qu’artistes nous sommes les dépositaires et les garant de la liberté d’expression. Nous sommes le second bastion de la République, et si nous tombons sous les balles, c’est parce que nous avons oublié de transmettre notre héritage culturel. Et si nous tombons sous les balles, il ne restera pas grand chose de notre bel idéal.

 Et si même un pape Jésuite annonce qu’il mettra une gifle à qui osera insulter sa mère, oubliant par la même ses valeurs catholiques qui voudraient qu’il tende l’autre joue. Oh François 1er, qu’est-ce qui t’es arrivé ?  N’es-tu pas toi aussi un humaniste éclairé ? En tant que Jésuite, n’es-tu pas toi aussi un porteur de Lumière ? Mais je te comprends, il m’arrive moi aussi d’avoir envie de me mettre des claques …

En tant que juriste, en tant que scientifique, mon frère tout ce que je pourrais transmettre mais que je me contente d’écrire dans des livres que seuls les gens comme moi lisent. Et le flambeau, il est passé où ? Allo, charlie, Bobo !

Depuis la Philosophie des Lumières, tous les hommes sont condamnés à être libres. Or certains n’ont plus la force de déployer leurs ailes et se refusent à exécuter leur peine.  Moi, le libre penseur, je n’ai pas le droit de briser leurs chaines si je ne peux leur offrir en contrepartie que l’angoisse ou le désespoir… ou les anges de la télé-réalité …

Je dois donc me livrer à mon autocritique. Et là, François, je t’autorise à me mettre une claque … Qu’ai-je fait pour aider les enfants de la République à devenir meilleur et à se maintenir au niveau de l’idéal que je défends ? Qu’ai-je fait pour leur transmettre ma force, mes ailes, ma lumière, mon identité culturelle ? « Liberté, égalité, fraternité »

Rien… à part leur fourguer ma merde et les livrer en pâture aux marchands de haine.

Puisque les grands médias ne se sentent désormais concerné que par l’Audimat, j’irai moi-même répondre aux questions des élèves dans les écoles, avant que d’autres ne sèment la révolte obscurantiste dans la tête de nos enfants qu’ils soient blacks blancs beures, juifs, musulmans ou catholiques, qu’ils soient rouges, roses, bleus, ou verts, brontosaures ou diplodocus …

Car je suis athée mais farouchement humaniste, fils de l’homme.

 

Allo, la laïcité, quoi ?

Allo, la liberté d’expression, quoi ?

Allo, la république et les valeurs démocratiques, quoi ?

Allo, la philosophie des lumières, quoi ?

Allo, la révolution française, quoi ?

Allo, la déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyens, quoi ?

Allo, la Culture Humaniste, quoi ?

Allo, l’Histoire des Religions, quoi ?

 

Allo, papa tango, Charlie, j’irai transmettre le flambeau jusque dans le triangle des Bermudes s’il le faut …

Au fait, c’est quoi l’Humanisme ?

 

En leur temps, les prophètes ont écrit ou dit :

Moïse dans les 10 commandements : Tu ne tueras point.

Jésus dans les Evangiles : Tu aimeras ton prochain comme toi même.

Mahomet dans le Coran : Tu ne tueras pas l’innocent.

En 1948, les humanistes qu’ils soient croyants ou athées, horrifiés par les crimes contre l’Humanité commis durant la deuxième guerre mondiale, ont décidé d’être plus explicites, précis, d’une clarté irréprochable.

Alors, ils ont écrit …

 

Considérant que la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde.

Considérant que la méconnaissance et le mépris des droits de l'homme ont conduit à des actes de barbarie qui révoltent la conscience de l'humanité et que l'avènement d'un monde où les êtres humains seront libres de parler et de croire, libérés de la terreur et de la misère, a été proclamé comme la plus haute aspiration de l'homme.

Considérant qu'il est essentiel que les droits de l'homme soient protégés par un régime de droit pour que l'homme ne soit pas contraint, en suprême recours, à la révolte contre la tyrannie et l'oppression.

Considérant qu'il est essentiel d'encourager le développement de relations amicales entre nations.

Considérant que dans la Charte les peuples des Nations Unies ont proclamé à nouveau leur foi dans les droits fondamentaux de l'homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l'égalité des droits des hommes et des femmes, et qu'ils se sont déclarés résolus à favoriser le progrès social et à instaurer de meilleures conditions de vie dans une liberté plus grande.

Considérant que les Etats Membres se sont engagés à assurer, en coopération avec l'Organisation des Nations Unies, le respect universel et effectif des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Considérant qu'une conception commune de ces droits et libertés est de la plus haute importance pour remplir pleinement cet engagement.

L'Assemblée générale proclame la présente Déclaration universelle des droits de l'homme comme l'idéal commun à atteindre par tous les peuples et toutes les nations afin que tous les individus et tous les organes de la société, ayant cette Déclaration constamment à l'esprit, s'efforcent, par l'enseignement et l'éducation, de développer le respect de ces droits et libertés et d'en assurer, par des mesures progressives d'ordre national et international, la reconnaissance et l'application universelles et effectives, tant parmi les populations des Etats Membres eux-mêmes que parmi celles des territoires placés sous leur juridiction.

Article premier :

Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité…

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26 mai 2014 1 26 /05 /mai /2014 18:59

Chaque année au retour des Imaginales, j’ai pour habitude d’écrire un article de blog retraçant les moments forts de l’événement, histoire d’en prolonger la magie.

Je ne vais pas y déroger.

10308894 10201023918279974 7155976838014004409 nHormis quelques intempéries qui ont un peu perturbé les tables rondes de jeudi 22 mai, le beau temps était lui aussi de la fête, les cieux se sont montrés cléments et n’ont finalement déversé que peu de trombes sur nos têtes. Les lecteurs aussi étaient au rendez-vous, chaque année plus nombreux ; plus curieux ou plus passionnés, plus jeunes aussi.

Aux Imaginales, ce ne sont pas les auteurs qui font le spectacle, mais les lecteurs qui rivalisent d’imagination pour donner vie et corps aux mondes imaginaires et créatures féériques qui peuplent les pages de leurs … de nos livres préférés. Un fantastique bal masqué s’est déployé sous la bulle du livre, dont nous les auteurs étions les spectateurs émerveillés.

Entre autres moments forts, j’ai participé à une table ronde autour de la question « quel genre préférez-vous ? » animée par Jean-Luc Rivera, en compagnie de Olivier Peru et Daniel Martinigol. Peu importe le genre, tant que l’ivresse nous gagne …

J’ai également participé, avec mon collègue Antoine Lencou, à un repas étudiants arrosé de Sangria. Confortablement installés sur une terrasse à déguster des tapas, nous avons échangé à propos de l’Ecriture et du métier d’écrivain. J’ai découvert la formation d’ingénieur du bois, un jeu vidéo intitulé Max Payne, qu’à Epinal, il fait toujours beau, même si nous avons dû nous réfugier à l’intérieur chassés par la pluie … Nous avons également abordé des thèmes plus sérieux, comme le chômage, l’écologie… Pour conclure après moult verres de sangria que nous les auteurs étions finalement, malgré nos quarante ans bien tassés, dans une situation assez proche des étudiants auxquels nous nous adressions, car l’Ecriture ne nourrit plus son auteur … comme la société ne nourrit plus ses jeunes.

Mais avant tout autre créature fantastique, cette année, c’était la déferlante zombies !

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Je ne décris pas ici notre état du dimanche matin … quoi que…

Griffe d’Encre sortait en exclusivité pour les Imaginales l’anthologie « Zombies et autres infectés » au sommaire de laquelle je figure avec une nouvelle intitulée « Zombie, Zombie, Zombie … Boum ! » aux côtés de Vanessa Terral, Andrevon, ou encore Benoit Giuseppin. Foi de festivalier acharné, je n’avais encore jamais vu une anthologie se vendre aussi bien. J’ai achevé un stylo à force de la dédicacer, j’ai d’ailleurs dû finir mes dédicaces au feutre vert, ce qui en soi s’est avéré plus un gain qu’une perte.

Je garderai en mémoire la bulle du livre maculée de petits rectangles verts, autant d’anthologies qui rejoindront les doux foyers de nos lecteurs et les accompagneront dans leurs nuits sans sommeil.

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Zariel exposait au cinéma d’Epinal une série de toiles zombiesques, colorées et d’une grande tendresse. S’il ne vous ai jamais arrivé d’avoir envie de serrer un zombie dans vos bras et si vous trouvez l’idée répugnante, je vous recommande les zombies de Zariel, qui sauront, j’en suis certaine, vous faire changer d’avis.

Zombies pop ou kawaï zombies... parce qu’au fond un zombie sommeille en chacun de nous (j’ai écrit cette chronique après avoir pris connaissance des résultats des élections européennes et ceci explique sans doute cela …) En tout cas, je suis désormais certaines qu’un zombie sommeille au fond de moi, car je faisais partie des « peoples » zombifiés par Zariel, aux côtés d’Andrevon, de Gilles Francescano, Ayerdhal, Emmanuel Beiramar et Karim Berrouka. En contemplant mon portrait, j’ai réalisé que je devais prendre rendez-vous d’urgence chez le dentiste … et j’ai pensé à ce pauvre Dorian Gray contraint de dissimuler sa disgrâce aux yeux des indiscrets ^^

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Zombies again et en table ronde, en compagnie de Vanessa Terral et Emmanuel Beiramar, notre grand maître zombie. Une discussion à battons rompus où j’ai dû avouer que le thème du zombie ne m’intéressait pas. Pire encore, Vanessa nous a confié qu’elle n’avait elle aussi que peu d’affinités avec le sujet. Zombie désamour quand tu nous tiens. Nous n’avions pas grand chose à dire, mais à force d’en rire, nous avons fini par régurgiter quelques idées intéressantes, grâce à Emmanuel Beiramar qui lui connaissait son sujet sur le bout des moignons.

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La table ronde zombies et autres infectés s’est terminée et prolongée par un pot offert par Griffe d’Encre. Un verre à la main, nous avons été cueilli par une pointe de nostalgie … et oui, 8 ans déjà que cette fabuleuse maison d’édition officie dans le monde de l’Imaginaire. 8 ans déjà que Mag, Meno et Manu me supportent … euh, toi anglicisme, tu n’es pas toujours mon ami … 8 ans déjà que Mag, Meno et Manu me soutiennent.

 

Que seraient les Imaginales sans leur public ? Entre deux anthologies Zombies, je dédicaçais cette année la suite de Lemashtu, intitulée Insangerat. Sans mes lecteurs, je ne serai qu’une moitié d’écrivain. Merci donc à Bénédicte et Yan toujours aussi beaux et impressionnants, à Murielle qui a failli rater les Imaginales mais s’est remise avant que le gong final ne retentisse. Merci à Jean-Jacques le bien chaussé, dont les bottes de sept lieux le conduisent chaque année à Epinal. Merci à Camille et à son petit fils, merci à Ludovic, qui sera bientôt à nouveau papa, merci à Christopher, Amélie, Anne-Elisabeth, Odile, Emmanuel, Florence, Rémi le spinalien et sa cousine. Merci, merci et encore merci à tous ceux dont le prénom s’est perdu dans la cohue du samedi après-midi et la fatigue du dimanche matin.

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Et merci à tous les amis de longues dates, Sylvie Lainé dont les textes et les idées nourrissent ma fringale intellectuelle, merci à Karim Berrouka et Anne dont la présence est toujours magique, à Jérôme d’Actu-SF dont la capacité de travail me laisse admirative, à Sophie Dabat qui m’a appris plein de choses, à Francis Berthelot et son sourire, à Jeanne A Debats, toujours aussi belle et courageuse, à Isabelle Guso et à son fils, à Vanessa Terral et son sourire radieux, à Mandy et Pascale, Ayerdhal, Sara Doke, à Zariel, mon fils qui grandit et s’embellit chaque année, à Adrien Party mon vampire préféré, à Frédérique Oniriques, et à tous les autres … ceux que j’ai croisés samedi après-midi dans la cohue …

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Un grand merci à Régis Goddyn qui fut l’une de mes découvertes de cette édition 2014 et que je vais m’empresser de lire.

Un grand merci à Stéphanie Nicot et Bernard Visse, les magiciens à l’origine de ce miracle.

Des remerciements, des bises, des embrassades, des félicitations, des compliments, des étoiles plein les yeux, du bonheur et du bonheur encore…

Aux Imaginales, comme dans les contes de fées, tout est bien qui finit toujours bien.

Ils vécurent heureux et …

Mais le retour à la réalité s’est révélé encore plus difficile que d’habitude, cette année. Si la déferlante zombies qui s’est abattue sur les Imaginales était sympathique, colorée, truffée d’humour noir et d’anecdotes truculentes, d’autres zombies, moins sympathiques ceux-là, se sont mobilisés pour remplir les urnes de leur bulletins de vote nauséabonds.

Renforcées par la crise, les idées brunes sont contagieuses et se répandent en France. La peur attise la haine qui rend complètement con. 

Zombie, Zombie, Zombie…

BOUM !

Brain dead.

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6 février 2014 4 06 /02 /février /2014 19:15

(Les repensées sont des pensées ruminées, donc plus digestes ...)

 

 

hypnose3En tant qu’auteure, je suis souvent interrogée sur la provenance de mes idées et sur la part autobiographique des histoires que je publie, et j’ai du mal à répondre, car je me retrouve écartelée entre une approche scientifique et un ressenti personnel.

Il suffit de lire un livre ou deux traitant de la question (notamment en sciences cognitives) pour obtenir les réponses. Mais les lecteurs ne veulent pas savoir qu’est-ce que la créativité en général, ils souhaitent savoir d’où provient l’inspiration. Derrière  ces interrogations se pose la question de l’identité du créateur. Evoquer la flexibilité cognitive, les processus de pensée métaphoriques complexes et la capacité d’abstraction ne répond pas à la question : « Qui êtes-vous ? »

Bien qu’un peu gênante aux entournures, cette question induit un angle d’approche très intéressant de la notion de créativité. Elle cherche à déterminer le « qui » plutôt que le « quoi », elle s’adresse au créateur plutôt qu’à sa créativité ou sa création.

Il m’est assez facile de comparer l’imagination créative de l’écrivain à une sorte de rêve éveillé, que je ne contrôle qu’à moitié. De même, le lien entre l’enfant qui ignore tout et qui peut donc tout inventer vient de suite à l’esprit. Si je recoupe ces deux comparaisons, je me retrouve confronté à l’idée d’un enfant qui joue à être une grande personne, qui s’imagine un autre quotidien dans lequel il n’est pas qu’un gamin… Un enfant qui se rêve plus que « ça ».

Je suis donc tentée de penser que le créateur est un adulte qui se prend pour un gamin, un penseur qui bien qu’il ait accumulé du savoir peut facilement s’émanciper de ses certitudes pour construire d’autres hypothèses.  L’enfant rêve qu’il est grand, qu’il est libre, qu’il peut enfin faire ce qu’il veut, seulement il ignore tout de ce que signifie être adulte. L’artiste, quant à lui, est un adulte responsable, qui sait donc que beaucoup de choses lui sont interdites, soit par la société, soit parce qu’il n’est tout simplement pas à la hauteur des ambitions qu’on lui prête. Si l’enfant n’est pas lucide par manque d’expérience, l’artiste lui est parfaitement lucide, c’est pourquoi le rêve le tente autant.

En continuant à creuser cette comparaison entre l’enfant et le créateur, on peut maintenant envisager le rôle du « jeu » ou de la « création » ? Pourquoi un enfant joue-t-il ? Pour s’amuser et se distraire ? Un peu, mais en vérité, très peu. Chez tous les mammifères, les petits jouent pour apprendre. Leurs jeux consistent presque toujours à imiter les adultes. En agissant ainsi, ils intègrent les règles de la vie en groupe, apprennent à se comporter, préparent et façonnent leur future identité et leur vie future. « Tu seras un Homme, mon enfant » est à prendre au pied de la lettre, tu seras car pour l’instant tu es un être en devenir qu’il nous est difficile d’identifier.

Les jeux des enfants sont donc des simulations, des répétitions de ce que ces enfants devront être plus tard, du rôle qu’ils devront tenir dans la société afin de trouver leur place. 

Qu’en est-il de la création de l’artiste ? L’artiste ne crée pas pour apprendre, il sait ; il crée pour comprendre. Comme les enfants, il imite la nature et l’Homme, mais il ne cherche pas une place, il veut s’émanciper de la place qu’on lui a assigné pour mieux observer, disséquer, analyser, questionner le monde. Il fait ses « petites expérimentations » afin de donner du sens à ce qui lui échappe ou lui paraît « approximatif ». L’enfant cherche à se conformer, l’artiste questionne le réel à la recherche de la vérité.

Pourquoi cet enfant deviendra-t-il un artiste ? Quel est l’élément déclencheur ? La plupart des créateurs, pas tous, mais une très grande majorité ne savent pas très bien qui ils sont, parce qu’ils diffèrent d’une façon ou d’une autre… Trop petit, trop grand, trop maigre, trop gros, trop sensible, trop intelligent, homosexuel, trop foncé, trop pale, sourd, aveugle ou encore daltonien (petite différence produit parfois beaucoup d’effets), le futur artiste a été confronté très tôt à sa différence. Une incohérence s’est manifestée, à son grand désarroi, entre ce qu’on attend de lui et ce qu’il est. Cette incohérence l’obligera à une double remise en cause, il doutera à la fois de ce qu’il est et de la vérité colportée et promue par son époque.

On dit souvent des artistes qu’ils n’ont jamais été des enfants. C’est faux. Ils étaient des enfants différents, mais des enfants tout de même, jusqu’à ce qu’ils soient confrontés à cette faille, cette erreur ou cette faute qu’ils n’ont pas commises. Certains enfants différents choisissent de se conformer aux attentes… Adultes, ils seront dépressifs, mélancoliques, cyniques, aigris bien avant l’âge. D’autres deviendront des artistes et gagneront le droit d’être « autre » mais heureux.

L’artiste était un enfant qui n’a pas trouvé de moule dans lequel se glisser.  Il n’est pas mieux que les autres, il est seulement conscient d’être plus que « ça » (nous sommes tous plus que les rôles que la vie nous assigne) ; il s’interroge… questionne les conventions, les rôles de chacun dans l’organisation sociale, la perception communément admise du monde à la recherche d’une vérité incluant sa différence.

 

Arthur Rimbaud qui avait basculé vers l’état d’artiste très jeune,  écrivait :

« Car Je est un autre. Si le cuivre s’éveille clairon, il n’y a rien de sa faute. Cela m’est évident : j’assiste à l’éclosion de ma pensée : je la regarde, je l’écoute : je lance un coup d’archet : la symphonie fait son remuement dans les profondeurs, ou vient d’un bond sur la scène. Si les vieux imbéciles n’avaient pas trouvé du Moi que la signification fausse, nous n’aurions pas à balayer ces millions de squelettes qui, depuis un temps infini, ! ont accumulé les produits de leur intelligence borgnesse, en s’en clamant les auteurs ! (…) La première étude de l’homme qui veut être poète est sa propre connaissance, entière ; il cherche son âme, il l’inspecte, il la tente, l’apprend. Dès qu’il la sait, il doit la cultiver ; cela semble simple : en tout cerveau s’accomplit un développement naturel ; tant d’égoïstes se proclament auteurs ; il en est bien d’autres qui s’attribuent leur progrès intellectuel ! »

 

Car Je est un artiste… ou pas.

 

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28 janvier 2014 2 28 /01 /janvier /2014 16:33

ramasserEn période de crise, les individus, les entreprises et la société en général se referment sur eux-mêmes, tels des huitres, parce qu’ils ont peur. L’avenir leur paraissant désormais incertain, ils limitent la prise de risque, optent pour des solutions ayant déjà fait leur preuve, envisagent le changement non plus comme une opportunité mais comme une perte potentielle de ce qu’ils ont durement acquis. En résumé, la méfiance gagne toutes les couches de la société (même la jeunesse qui est censée construire l’avenir) et on assiste à des phénomène de « contre élans » réactionnaires, qui participent à accentuer la crise.

Cette méfiance se traduit par une défiance généralisée à l’égard de tout ce qui est nouveau ou différent.L’huitre s’accroche à son rocher de peur d’être emportée par la marée.

La politique de l’huitre est un phénomène naturel générée par la peur du lendemain. La manifestation « jour de colère » qui a réuni récemment quelques milliers d’individus dans les rues de Paris est un parfait exemple de ce contre élan réactionnaire qui sape le moral des français et pompe l’énergie vitale de la France. Bien que ce soit tentant, (très tentant), l’incohérence des discours proférés ne doit pas être toisée avec mépris.  Il est bien connu que la peur empêche de penser, elle empêche notamment de penser l’avenir, ce qui explique la volonté apparente d’un certain nombre de français de retourner cinquante ans en arrière, via un repli sur les valeurs de la famille et de la patrie au détriment des valeurs de liberté, de tolérance, d’égalité, de fraternité et de créativité.

Expliquer ou comprendre ne veut pas dire pardonner.  A mon sens, ce contre élan, cette chape d’inertie ou encore ce poids mort sur le dos de la France est d’autant plus impardonnable que nous sommes touchés de plein fouet par la crise.

La France va mal. Que se doit-on de faire au chevet d’un malade ? Est-il médicalement efficace de lui rabâcher à longueur de temps qu’il l’a bien cherché ? Tout dépend de ce que l’on veut. Si l’on souhaite que le malade ne se relève pas, la bonne méthode consiste effectivement à lui saper le moral, à le culpabiliser, à lui faire peur. Si par contre, on a à cœur qu’il se remette de cette mauvaise passe, il faut l’encourager à vivre normalement, comme il le faisait avant, l’encourager à porter de nouveau projet et à avoir des idées.

Des idées nouvelles, pas des critiques ou pire encore des réactions épidermiques bloquant toutes réflexions.

Les forces conformistes ou conservatrices, pour ne pas dire réactionnaires, sont telles aujourd’hui qu’elles contaminent jusqu’aux esprits les plus ouverts.

Je n’ai jamais vu le milieu artistique aussi frileux. Quant au monde de l’entreprise, je préfère ne pas aborder le sujet, tellement le moteur de l’économie est à la remorque !

Qu’est-ce qu’on peut faire ?

Autant le dire tout de suite, les piqures d’antidépresseurs ne suffiront pas. A ce niveau de blocage neurasthénique, Il faut employer les grands moyens. Il y a quelques mois lors d’une réunion visant à élaborer des éléments de langages, nous en étions arrivés tellement l’ambiance était morose, à présenter les choses ainsi : « La situation est grave mais pas désespérée ! » Nous savons depuis maintenant 10 ans que la négation n’est pas toujours bien « processée », notamment en situation de stress. Et Nous savons depuis toujours que le mot désespéré signifie qu’il n’y a pas de solutions au problème. Avec une communication du type « la situation est grave mais pas désespéré », plus du tiers des personnes qui recevront le message comprendront : « La situation est impossible à solutionner… C’est foutu ! ».

Que faut-il dire ?

Avant même de chercher midi à 14h00, il faut commencer par se demander non pas quel message on veut faire passer, mais quels résultats on veut obtenir.  Que veut-on in fine ? Que les gens baissent les bras ? Qu’ils comprennent qu’il faut qu’ils se bougent ? Autant leur dire alors. Optons plutôt si nous voulons mobiliser les énergies pour « La situation est grave, nous devons nous retrousser les manches ! », et par un « laissez tomber les gars, c’est foutu ! » si nous voulons nous enliser.

C’est exactement pareil pour la France et les français.  Si dans le cadre d’une communication officielle, le message délivré ressemble à « Le pays va droit dans le mur », il ne faut pas s’étonner que le moral des français dégringole.

Qu’est-ce qui caractérise un individu qui n’a pas le moral ? Il fait la gueule, il est grognon, à fleur de peau, il ne fait plus de projet, il cherche à se fondre dans la masse, il souhaite rester sur son quant à soi entre soi, ne veut voir personne … à part peut-être ses parents ou des gens qui leur ressemble. Il est pessimiste et fatigué. Il est nostalgique d’une époque reculée où les choses étaient beaucoup plus simples, croit-il se souvenir.

Maintenant, intéressons-nous à cette même personne quand elle a le moral au beau fixe. Elle est souriante, elle fait des projets, elle cherche à se démarquer, elle est curieuse, ouverte à la nouveauté, elle sort de chez elle, elle est disposée à faire de nouvelles rencontres. Elle est optimiste, pleine d’énergie, elle pense à l’avenir avec enthousiasme. Elle est capable de relever des défis. 

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Bien sûr, le moral des individus est en lien avec leur environnement. Quand ça va mal autour de soi, il est tout à fait normal de subir un petit coup de blues.  Malheureusement, quand ça va mal, il faut commencer par « retrouver le moral » pour que ça aille mieux. Selon l’adage, il faut toucher le fond avant de rebondir. C’est sans doute vrai, seulement tout dépend de ce que l’on appelle rebondir. Si c’est pour rebondir 50 ans en arrière genre « retour vers le futur » (c’est-à-dire rentrer chez papi mamie), comme certains le souhaitent ardemment,  autant rester sur place en attendant que ça passe.

Quelque soit la période, même en dehors des crises, il existe deux forces antagonistes dans la société comme dans chaque individu d’ailleurs : les forces vives de progrès et les forces conformistes de stagnation. Ces deux forces antagonistes sont nécessaires dans l’équilibre des sociétés, comme des individus. Les forces vives sont le moteur, les forces conformistes, quant à elles, servent de rails, afin d’éviter les accidents dus à la vitesse et/ou à la négligence. Quand il n’y a plus de moteurs, le train reste sur les rails, mais il n’avance plus, voire même il peut reculer si la côte est un peu ardue. « Jour de colère » nous indique que nous sommes bien sûr les rails, le contenu des discours quelque peu abracadabrant doit par contre nous alerter sur l’état du moteur qui pourrait ne pas être adapté à l’angle de la côte. Histoire d’enfoncer des portes ouvertes, rappelons que plus la côte est importante plus le moteur doit être fort pour la franchir sans encombre. 

Grâce à « jour de colère », nous avons appris que les forces conformistes pouvaient dépenser beaucoup d’énergie pour faire du sur place, voire même et c’est plus étonnant pour descendre une pente.

Ces forces d’inerties sont présentes depuis toujours dans toutes les sociétés, on les appelait autrefois conservatrices, leur présence n’a donc rien d’inquiétant. Ce qui doit poser questions en revanche concerne leur soudaine visibilité, facilitée par les réseaux sociaux. Il est paradoxal, voire ironique, que des outils récents comme facebook ou youtube servent à véhiculer les idées les plus rétrogrades. Grâce aux réseaux sociaux, les pires discours trouvent leur public, se mélangent et forment des cocktails nauséeux. « Dehors, les juifs ! » côtoie en toute sympathie « Y’en a marre de la pression fiscale », « Stop à l’IVG » ou encore « une spécialité lyonnaise dans le fondement du système »… Des unions contre nature qui voient des jeunes des banlieues défiler avec les crânes rasés de l’ex GUD … Un beau symbole de paix et de réconciliation au détriment des valeurs démocratiques.  Le cauchemar ! 

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Ne nous inquiétons pas trop néanmoins, ils étaient peu nombreux à défiler sous les drapeaux de ce  « néo foutoir réac ».

Nous les artistes, les scientifiques, les intellectuels, tous les individus capables de générer des idées et des projets, les créatifs en général, les forces de progrès en particulier, les moteurs de la société in fine, si nous ne faisons rien, nous nous préparons à coups sûr des jours, des mois et des années de galère.

Si nous ne voulons pas pédaler, et ramer, et pédaler et ramer, nous devons nous retrousser les manches.

Proposons donc des slogans « pour » et non « contre » … parce que derrière un « Pour » se trouve parfois une idée nouvelle et non une contre idée réactionnaire.

Vous avez des idées nouvelles ? Des trucs à partager ? Non …  Allez, chercher un peu, je suis certaine que si. 

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17 janvier 2014 5 17 /01 /janvier /2014 20:03

 

DSC00922 2Souvenez-vous du slogan de la campagne à l’élection présidentielle de François Hollande, en 2012 : « le changement, c’est maintenant ! » Force est de constater que le changement tant attendu n’a pas eu lieu, en tout cas pas encore et que la France s’enfonce dans une crise endémique.  Face à ce slogan d’une grande originalité, je me souviens m’être dit « Si c’est pour maintenant, ce n’est pas pour tout de suite ». Sarkozy, lui, nous proposait « Une France forte » qui sonnait à mes oreilles comme ce « franc fort » que l’on accusait au début des années 90 de tuer l’emploi et de favoriser le chômage.  Hormis une pointe de nostalgie, aucune perspective d’avenir…

Voilà bientôt 2 ans que l’on nous annonce le changement pour maintenant et nous ne voyons toujours rien venir… Ah si, pardon… Nous voyons venir le mur. Dans un véhicule qui fonce dans le mur, on a le droit de rester assis en attendant que ça se passe ou on peut choisir de s’éjecter.

Il y a quelques heures, ou jours maintenant, Monsieur François Hollande a avoué en conférence de presse, non pas qu’il voyait en secret l’actrice Julie Gayet, ce dont on se fout royalement, mais qu’il était social démocrate, comme Angela Merkel, Tony Blair et Barack Obama, pour ne citer que les plus célèbres. Un coming out politique qui semble avoir surpris tout le monde, alors qu’il n’a vraiment rien d’extraordinaire puisqu’aujourd’hui la démocratie sociale est au goût du jour, à la mode, à la page comme à chaque fois en période de crise et de rigueur budgétaire. Qu’est-ce que la sociale démocratie ? En simplifiant énormément, la sociale démocratie consiste à s’appuyer sur le dialogue social pour encourager et au fond préserver la démocratie. Quand Barack Obama annonce être social démocrate aux Etats Unis, il se pose à la gauche de la gauche d’un échiquier politique libéral. Comprendre qu’Obama est libéral tout en souhaitant faire adopter des lois protectrices en faveur des plus démunis (notamment une protection sociale minimum) afin de limiter au possible la paupérisation de la population consécutive à la crise. Quand François Hollande annonce être social démocrate en France, il reçoit les félicitations du centre, de Jean-Louis Borloo et François Bayrou.  Cela nous donne peu d’informations sur ce qu’il souhaite mettre en place, le centre ayant toujours été presque inexistant en France…

Si l’intégralité du monde occidental est social démocrate, qu’y a-t-il de si honteux à se déclarer social démocrate en France ? En France, être social démocrate, c’est être mou du genou. La sociale démocratie favorise la mise en place d’une politique pragmatique. Et le pragmatisme ne fait rêver personne. On sent même poindre derrière ce pragmatisme affiché les nombreux sacrifices qui devront être consentis au nom de la crise.

Alors qu'aux Etats Unis, Obama souhaite mettre en place un pseudo Etat Providence, visant à parer la chute libre de millions d’américains, il y a de fortes chances qu’en France, le voilure de l’Etat Providence soit un peu réduite pour laisser respirer les marchés. Au nom d’un juste milieu, d’un centre, d’un équilibre social démocrate…

Le changement, c’est maintenant, alors ?

Oui et non… Il est vrai qu’en France, la démocratie sociale n’a jamais existé pour des raisons historiques (cf le conseil de la Résistance, le général de Gaulle …), et sans doute en raison de la place importante que tient l’Etat dans la vie des citoyens français. La France est un pays centralisé, où l’Etat est fort, il va donc être difficile de le transformer en démocratie sociale. Il manque en France des organisations syndicales représentatives pour des raisons simples, l’Etat Providence palliant à toutes les difficultés du peuple,  les syndicats  ne font plus recette. Combien de salariés sont-ils syndiqués en France ? Très peu. Pour un équilibre des forces (même molles du genou), nous avons besoin d’une représentation des salariés reposant sur une base solide pour faire face au Medef qui lui est fortement représentatif des employeurs. Si l’état providence se fait moins généreux, les salariés auront tout intérêt à se syndiquer. De là à en déduire que le changement, c’est maintenant …

L’instauration d’une démocratie sociale en France représente un tournant important dans la façon de concevoir l’Etat. Est-ce que la structure des institutions de la cinquième république est en adéquation avec la sociale démocratie ? La question s’impose et doit être envisagée sérieusement dès maintenant.

Après, il convient de garder à l’esprit que François Hollande n’a pas décrété la mise en place d’une démocratie sociale en France, il a fixé un cap et un objectif à 10 ans. De toute évidence, une telle réforme représenterait un vrai changement, à la fois culturelle et institutionnelle … Un véritable bouleversement.

Face à cette hypothétique « révolution », chaque individu se doit de réfléchir à sa future implication dans les affaires du pays. Nous, les français, nous parlons beaucoup de politique, mais nous en faisons peu, comparé à ceux qui vivent déjà dans une démocratie sociale, comme les Suédois par exemple. Jacques Delors définissait la sociale démocratie comme un double compromis entre l’état et le marché d’une part et entre les syndicats et le patronat d’autre part. Je ne m’attarderai pas sur la « culture du compromis » en France … Mais il suffit d’analyser le sens que nous donnons au mot et d’observer notre dédain pour le « consensus », quand partout dans le monde, le consensus et le compromis sont synonymes d’harmonie.

Je gage que l’instauration d’une sociale démocratie en France sera très difficile. Mais on peut toujours rêver, bien que la sociale démocratie, ce soit le socialisme sans illusions...

Sans jugement de valeurs et malgré tout ce que l’on peut en penser, 2014 sera l’année où enfin quelqu’un a fixé un cap déterminé. Pour une fois, un homme politique ne s’est pas contenté de dire, on pourrait faire ci, on pourrait faire ça ou encore ceci, il a dit : « je suis social démocrate » comprendre « on va par là ! » Après, on peut ne pas être d'accord. 

Depuis bien trois ans maintenant, je m’interroge sur le statut du travail en France, et je suis en droit de me poser la question puisque je cumule trois activités. J’ai un boulot qui me permet de plutôt bien gagner ma vie, je suis également écrivain et je codirige une maison d’édition. Quand je fais le solde de toutes ces activités, je me rends compte que je n’ai aucun temps libre, je ne m’en plains pas car je ne sais pas « rien faire ». Comme beaucoup d’artistes, considérés par la grande majorité comme des « fait-néants », j’en fais trop. Je gagne ma vie la journée, parce qu’il faut bien que je mange, j’écris le soir pour m’ « occuper » et je participe à une maison d’édition pour « faire des trucs avec des amis ». Je ne sors quasiment jamais, je bosse pendant les vacances, le week-end et tous les soirs. En ce qui me concerne, si le changement, c’était maintenant, je déciderais d’en faire moins, ou disons plutôt de me consacrer à ce qui est vraiment important à mes yeux, c’est-à-dire non pas gagner ma vie, mais à lui donner un cap.

Que la France se mue peu à peu en social démocratie ou pas, 2014 sera l’année du changement pour moi puisque j’ai décidé de ne plus gagner ma vie. Cette décision peut paraître aberrante dans le contexte actuel, j’en conviens, mais si je me projette dans 10 ans ou 20 ans, je suis obligée de réaliser que le salariat n’est plus une solution pour moi. Dans dix ans, gagner ma vie en tant que salarié sera une perte de temps. J’ai autre chose à faire et accessoirement j’ai autre chose à offrir à mon pays.

Comme la grande majorité des artistes, j’ai un profil de travailleurs indépendants, voire d’entrepreneurs, il est temps que j’utilise mon énergie pour faire ce que je sais faire le mieux, mener à bien des projets, générer des idées, innover, concevoir l’avenir.

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Paradoxalement, c’est en temps de crise que les forces encore vives ont le plus de chances de réussir car la majorité des individus se sclérosent.

Tous mes vœux de bonheur et de réussite pour cette nouvelle année !

Changeons d’univers ! 

 

 

 

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13 décembre 2013 5 13 /12 /décembre /2013 09:00

L’histoire que je ne m’apprête pas à conter commence, comme beaucoup d’autres, avec de petites choses insignifiantes. Des instants perdus, suspendus, des bouts de temps. Des fils qui se croisent au gré de mes pensées emmêlées. Ce soir, ce matin, j’ai l’âme vague sans pouvoir déterminer l’origine de sa sale mine. Emmitouflé dans un vieux pull, je sirote un café brulant debout sur la terrasse. J’ai la bouche sèche, la sensation que le liquide chaud que j’ingurgite accentue encore le désert qui sévit sur mon palais. Je serre le mug entre mes mains pour les réchauffer.

Aujourd’hui, cette nuit, le monde me paraît désordonné, haché menu au mixeur ; des bouts de trucs partout qui roulent et qui glissent d’un coin à l’autre de mon jardin secret. Des perles insensées que je ne parviens pas à enfiler. Félix a laissé Couine sa girafe sur la balançoire. L’animal semble me narguer du haut de sa fausse vie de plastique, persuadé que je n’ai pas plus d’existence que lui. Les apparences sont trompeuses, toujours malhonnêtes me concernant. Je n’ai rien à dire, pourtant ce vide ne m’empêche pas de suinter le sens par tous les pores. J’ai le cœur en miettes, éparpillé, rabougri. Muse de musée. Je n’ai pas d’autres histoires que celles que je n’ai jamais vécues. Un mensonge qui se tient. Un pâté de viande, de morceaux de vie d’autrui agglomérés et compressés. Une décharge où trainent toutes les idées noires, les pires, les plus mauvaises que des inconnus viennent déverser durant leurs nuits d’insomnie pour rafistoler un truc qui s’est brisé voilà des années. Un tartare de cœur qui bat mollement avec le son moite d’une éponge mouillée qu’on presse.

Il faudrait que je rentre travailler, mais j’ai la traine, la flegme et peut-être bien un peu la haine de n’avoir pas été capable de faire le choix de vivre en marge et en majuscules. Dresser le portrait d'un artiste. Ecrire un texte qui retrace le chemin de quelqu’un qui décide d’être inutile et pour qui le néant a du sens. Raconter toujours la même histoire, l'Histoire de l’Art, prose des âmes. 

 

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