Partager l'article ! 2011, l'Odyssée de l'Espèce: A cette époque de l’année, il est d’usage d’adresser ses meilleurs vœux à tous ceux qui nous ...

A cette époque de l’année, il est d’usage d’adresser ses meilleurs vœux à tous ceux qui nous sont chers. J’ai envoyé les miens par courrier pour partie et sur Facebook de façon plus générale en souhaitant que cette nouvelle année soit source de réussite et de prospérité, je ne vais pas me répéter sur ce blog dont la vocation est toute autre.
« Les funambules des pinacles » regardent de haut pour voir plus loin.
2011 ouvre une nouvelle
décennie, c’est donc le moment de tirer le bilan des années 00, qui ont commencé avec le bug de l’an 2000 et qui se terminent sur fond de crise économique et financière mondiale, des années qui
avec le recul, se révèleront sans doute être les prémices d’une mutation sans précédent, et qui méritent que l’on s’y attarde.
Pour tous ceux qui sont nés à la fin des années 60 ou au début des années 70, l’avènement du 2ème millénaire figurait le franchissement d’une frontière symbolique séparant le contemporain de l’avenir, une frontière au-delà de laquelle il était difficile de prévoir puisqu’elle représentait la borne supérieure temporelle pour deux générations entières : celles de l’après guerre, les babyboomers, et la suivante, celle qu’on a appelé un temps la génération sacrifiée, ma génération.
L’an 2000 qui résonnait dans l’inconscient collectif de l’Occident comme l’Everest, s’est révélé être un simple prolongement de la plaine des années 90. Rien à changer du jour au lendemain : nous n’avons pas vu apparaître comme par magie des voitures volantes entre les grattes ciels, l’homme n’a pas marché sur Mars, nous n’avons pas découvert de civilisations extraterrestres, nous n’avons pas vu apparaître la tant attendue intelligence artificielle qu’on nous prévoyait pour 2001 (qu’on nous a ensuite prévue sérieusement cette fois-ci pour 2010), nous n’avons pas vaincu toutes les maladies, et encore moins la misère et la faim dans le monde. Le futur n’est pas venu sonner à notre porte… Quelle déception !
Souvenez-vous du bug de l’an 2000, on nous prévoyait une fatal error system, susceptible de replonger l’occident dans la nuit « noire » de l’ère pré-informatique. Des millions de dollars ont été investis pour sauver le monde …
J’ai passé le réveillon à m’imaginer le black-out. L’horloge a sonné les douze coups de minuit et mon ordinateur est passé à l’an 2000, sans aucun problème… comme 90% du matériel informatique et électronique du monde entier.
Les cassandres s’étaient encore trompées.
Le feu d’artifice n’était encore qu’un pétard mouillé, sur fond sonore de « tut-tut » de langues de belles-mères.
L’Occident s’était fait un petit accès de paranoïa millénariste, histoire d’accueillir le nouveau millénaire comme il se doit.
Peut-être ou peut-être pas ?
Avec le recul, le bug de l’an 2000 a bien eu lieu, mais pas là où nous l’attendions, ni comme nous l’attendions.
En tant que lectrice assidue de Science Fiction, auteures à ses heures perdues, le réveillon de l’an 2000 a été un moment étrange à vivre. Au niveau symbolique, le futur lointain était à portée de montre. Le fondement de l’Art de la SF, imaginer l’avenir, devait désormais s’écrire au présent … Et je me souviens m’être demandé, le lendemain matin du réveillon de jour de l’an, la tête penchée sur mon bol de café noir : que se passe-t-il quand on vit le futur lointain au présent ? Qu’y a-t-il après le futur ? et enfin la question découlant de toutes les autres, que va devenir la SF maintenant ?
Ma résolution de l’année 2000 fut, en ce qui me concerne, de ne plus écrire de Science-Fiction et de me cantonner au Fantastique.
Le début des années 90 avait vu son renouveau, certes un minuscule nirvana pour ceux qui avaient connu les glorieuses années 60 et 70, mais quand même, un léger sursaut. Pourquoi tout remettre en question dix ans plus tard ?
Parce que nous sommes désormais entrés dans le temps de l’Uchronie dans lequel le futur se conjugue au présent. Parce que nous sommes désormais entrés dans le temps du fantastique et de la fantasy ; il n’y a plus rien à prédire, l’avenir ne nous intéresse plus, seuls les mondes virtuels restent attractifs car ils nous permettent de fuir la réalité. La science ne rime plus à rien, seule la fiction ou la religion (c’est la même chose à mes yeux) possèdent encore quelques vertus salvatrices.
En fait, il y a bien eu un bug, mais il n’était pas informatique. Ce ne sont pas les horloges de nos ordinateurs qui ont planté … En l’an 2000, l’Occident a perdu sa faculté à imaginer l’avenir car l’exercice revenait tout à coup à imaginer l’au-delà du futur, autant dire des contrées temporelles inimaginables pour l’inconscient collectif. En l’an 2000, l’Occident n’a pas eu d’autre choix que d’opter pour l’au-delà du réel.
Quand une civilisation perd sa faculté à créer de nouvelles projections d’elle-même dans l’avenir, elle amorce son déclin.
Le 11 septembre 2001, le bug non pas de l’an 2000, mais de la civilisation occidentale prend la forme d’une attaque terroriste qui n’a pas été prédite. Une surprise totale. Des avions détournés par des kamikazes djiadistes détruisent le World Trade Center, symbole de notre « way of life ». Par le biais du terrorisme islamiste, le continent africain que nous avons pillé pendant des siècles nous adresse un message clair : « vous êtes sur le déclin » …
Il en résulte un traumatisme sans précédent. Devant un tel choc, l’esprit humain réagit par le déni et le refoulement, ces mécanismes engendrent les différentes théories du complot. Les occidentaux commencent à douter des gouvernements, de la politique, de la démocratie, du fondement de la civilisation occidentale.
C’est un réflexe typique des fonctionnements psychiques humains. Il est plus facile d’imaginer que les services secrets américains sont à l’origine de l’attentat que d’accepter la dure réalité : une bande de barbus issus du continent africain, à peine sorti du moyen-âge, est parvenu à détruire le symbole du libéralisme sous le nez des services secrets de la première puissance mondiale…
Il est plus facile de se dire « tous pourris ! » que d’entendre « vous êtes sur le déclin. »
Pourtant, depuis toujours le « tous pourris ! » est un des symptômes majeurs du déclin : déclin des valeurs, déclins des idéaux, et enfin déclin des civilisations. Quand la confiance n’est plus là, il faut s’interroger sur la cause du manque de convictions ambiant.
Au lieu de nous remettre en question, nous avons déclaré la guerre à l’Irak, puis à l’Afghanistan au nom de la Démocratie et des Droits de l’Homme et nous nous sommes retirés de ces conflits sans être parvenus à imposer notre modèle de civilisation. « Nous sommes sur le déclin … »
En 2006, l’ancien sénateur Al Gore, ayant raté de peu la présidence de la République américaine pour d’obscures raisons de comptage de voix échappant à la logique claires et précises des mathématiques, prend la parole pour mettre en garde le monde sur le réchauffement climatique. Tout d’un coup, ce dont on parle depuis 10 ans comme d’une éventualité prend une toute autre dimension : « la planète est sur le déclin chiffres à l’appui … »
En 2007, celui qui aurait pu et sans doute dû être président des Etats-Unis lors des élections précédente, devient prix Nobel de la Paix pour avoir inventé et préconisé le développement durable comme seule solution pour sauver la planète.
« Le déclin n’est plus seulement une éventualité, c’est une certitude… et comble de l’ironie, c’est peut-être même la seule solution. »
La même année, la crise des subprimes plonge l’occident dans une crise financière sans précédent.
En 2008, Barack Obama est élu président des Etats-Unis, et fait naître un formidable élan d’espoir.
Mais il est trop tard. Le train a quitté la gare américaine depuis longtemps. Pour être à l’heure, les Etats-Unis aurait dû élire le bon président en 2004.
En 2010, ce que l’on croyait être une simple crise s’avère être une mutation profonde. L’occident se rend compte qu’il est désormais gouverné par les intérêts financiers et que le politique n’existe plus. Le « tous pourris ! » devient « tous portés disparus… Au secours ! »
En 2010, l’Occident se rend compte que l’on peut désormais ruiner un pays en deux clicks. Et avec l’affaire Wikileaks, l’occident découvre stupéfait que l’on peut désormais infiltrer les services secrets des démocraties en deux clicks et tout publier sur internet en un seul click…

Click click click…
En 2010, la Chine est en passe de devenir la première puissance économique mondiale et construit désormais plus d’ordinateurs que l’Europe et les US réunis, ce n’est plus l’usine du monde, ce sera bientôt le cerveau de la civilisation mondiale naissante… Un adulte de moins de 30 ans passe plus de temps devant son PC ou son Mac que devant un autre être humain. La nuit du 31 décembre 2010, les français échangent 980 millions de textos pour se souhaiter la bonne année (plus de 10 textos par personne …).
Le monde échange et change à une vitesse sidérante.
En 2010, le futur s’est enfin pointé à la porte de l’Occident.
Il a dix ans de retard, mais il est enfin là !
Certains diront qu’il a mauvaise mine.
Mais c’est un feu d’artifice de nouveautés sur fond sonore de « click click » informatiques.
En 2010, pour la première fois de toute l’histoire de l’humanité, l’homme échange au niveau mondial à la vitesse de la lumière…
J’ai vécu des expériences humaines extraordinaires cette année. Je suis partie 3 semaines au Japon et je me suis retrouvé à parler politique française, en français, avec un japonais qui m’a dit « Vous avez un problème avec le petit Nicolas. Je suis de droite et la droite japonaise n’est pas réputée pour être douce, mais la droite française … qu’est-ce qu’il se passe avec la presse dans votre pays ? et les tziganes ? Ce n’est plus la droite du bon père de famille, c’est autre chose. Il faut faire attention » Vive le village global ! Plus question de faire l’autruche à l’autre bout du monde…
Je me souviens avoir eu une conversation avec une autre auteure française que j’estime beaucoup, dont je ne citerai pas le nom, mais je sais qu’elle se reconnaîtra. Nous parlions du déclin de la langue française en général, et nous avons ensuite abordé nos métiers respectifs. Nous travaillons toute d’eux dans la même sphère, et nous avons constaté que nous ne parlions pratiquement plus le français … Je me souviens que c’est à cet instant que j’ai constaté que les jeunes scientifiques français faisaient moins de fautes de grammaires et d’orthographes en anglais qu’en Français …
J’ai croisé une scientifique chinoise, cette année, qui m’a dit : « We speak the same language now and we discover that we are not that different that we used to think. »
Vive la mondialisation, même les chinois parlent l’anglais ! Il y a encore 10 ans, nous ne nous comprenions pas et je me souviens de conversations surréalistes au téléphone … Aujourd’hui, nous vivons dans le même village.
2010 est aussi pour moi, l’année ou j’ai réalisé que je travaillerai peut-être un jour en Chine et cette idée ne m’a absolument pas dérangée …
2010 est aussi pour moi, l’année où j’ai pensé pour la première fois plus souvent en anglais qu’en français et où la nécessité de défendre la langue française m’est apparue non plus comme une cause perdue, mais comme un manque de souplesse et de capacité d’adaptation.
Qu’est-ce qu’il m’arrive ?
La civilisation mondiale est en train de m’absorber. Je change avec le monde.
Je me suis même demandé pourquoi j’écrivais encore ce blog en Français.
I should go on in English, I’m not speaking to french people anymore. I’m on the internet, I must think global … I should write this blog in English, don’t you think so, citizens of the world ?
or should I keep this virtual place as a secret garden ?
When japanese people come to me asking about Nicolas, why should I go on in French ?
When chinese scientists ask me if I could work in China, and when the answer comes so easely to me, why should I still express myself in french ?
2010 is a very peculiar year in my life
and for a lot of people, I guess.
So now that the future is happening, what about the next ten years ?
I will not play Cassandra, in fact I don’t need to, because if you look to the present you also see the future, it’s always been this way. To be closer to the truth, you must not look only at the facts, but also at what people think and how they think.
Science-fiction is everywhere now, and fiction is more apealing than reality to a lot of people.
All the blockbusters are science fiction or fantasy movies, people spend more time in front of their computer virtually speaking to each other, thinking that they are really connected, but they are actually speaking to themselves about themselves.
Now the world is moving so fast, that the only important skill you need to developp is quick thinking. The inconvenient of quick thinking is that you speak up everything that comes to your mind, you are very spontaneous, you make lots of mistakes, but it’s not a problem anymore, cause all you need is to be as fast as the world. You make a lot of noise and the buzz is the only thing you listen to. To speak the truth and to make sense do not matter cause you have the right to be wrong.
You can change your mind about anything at anytime.
Think different
You’re just a media …
Not a human being anymore.
Somehow, the future will not be « human », in the way we used to define it.
This is not Science fiction we need desperately, this is real life we miss.
We miss time, we miss human contact, we miss silence, we have everything but we miss sense…
And we mistaken everything for everything,
This is why I need to speak french here.
Parce que quelque fois, il est bon de prendre du recul et de faire taire le bruit pour pouvoir réfléchir sur le long terme, en se basant sur sa culture et son sur histoire.
Les dix prochaines années seront décisives pour l’avenir de l’espèce humaine.
Ce n’est pas une prédiction.
C’est un constat.
L’Homme doit apprendre à vivre localement tout en pensant globalement.
Il doit aussi apprendre à penser vite dans l’instant, tout en conservant la capacité de réfléchir.
Je pense en anglais mais je réfléchie en français et vous ?
« Le 21ème siècle sera spirituel ou ne sera pas ».
Les machines ne pensent pas encore, mais elles ont déjà changé radicalement notre façon de penser en nous offrant le monde entier à la vitesse de la lumière.
Est-ce qu’elles réfléchiront, quand elles auront enfin acquis la faculté de penser.
Rêveront-elles de moutons électriques, comme nous le faisons déjà aujourd’hui ?
Ou rêveront-elle d’autre chose ?
Se demanderont-elles d’où elles viennent et où elles vont ?
Les cassandres prédisent que nous le saurons avant 2020.
Si cette hypothèse se confirme, nous écrirons le futur au présent. Nous serons entrés dans le temps de l’Uchronie.
La Science Fiction, quant à elle, s’écrira-t-elle au passé ? Aurons-nous les larmes aux yeux en relisant Asimov et K Dick ? Serons-nous emplis de la nostalgie de l’époque où les miracles de la Science nourrissaient la Fiction.
Aurons-nous la nostalgie du futur ?
Je ne joue pas les Cassandres en prédisant que les dix prochaines années seront passionnantes… C’est une certitude !
Meilleurs vœux à tous.
Que les futures années vous permettent de réaliser tous vos rêves les plus chers.
May the force be with you !
Crédit photo : Jean-Emmanuel AUBERT