Mercredi 10 novembre 2010 3 10 /11 /Nov /2010 21:07

9782911939761 J’ai acquis ce petit livre qui ne coûte que 3 Euros en raison de son titre et de son auteur, Stéphane Hessel, ancien résistant. Grand bien m’en a fait !

Depuis plusieurs mois, j’ai une vague angoisse persistante, rien de bien terrible, je dors normalement et jusqu’à maintenant je ne somatise pas trop. Je sens toutefois une étrangeté sémantique grandissante gagner du terrain en France. Il y a, par exemple, des mots dont j’ai l’impression qu’ils ont changé de sens. Prenons « Réforme », dont le dictionnaire nous donne la définition suivante : changement radical ou important réalisé en vue d’une amélioration. J’entends de plus en plus souvent ce terme employé pour qualifier l’inverse :  petite modification visant à doucement mais sûrement empirer ta situation.

Ce glissement sémantique n’est pas anodin car si on ne se méfie pas, on s’attend à l’inverse de ce qui va se passer et il s’en suit une perte de repère conséquente.

A force d’entendre des mots vidés de leur sens, je me suis mise à douter de ma capacité à comprendre le Français. Fort heureusement, j’ai acquis « Indignez-vous ! » et le rappel de quelques petites vérités historiques m’a permis de me souvenir que le Français est ma langue maternelle et que je le comprends parfaitement. Si ces derniers temps, je me perds dans d’obscures méandres « vocabularesques »,  c’est qu’une partie de la classe politique ne parle pas le français, mais une langue indéterminée faite de faux amis piégeux et de contre sens.

Stéphane Hessel, lui, parle le Français. Il sait quelle langue il parle, car il est né en 1917, d’un père juif écrivain et d’une mère peintre. Il fait l’école normale supérieure, mais la guerre interrompt ses études et  il voit le maréchal Pétain brader la souveraineté nationale à l’Allemagne Nazie. En mai 1941, il rejoint la France Libre du Général de Gaulle à Londres …

Quelques citations de « Indignez-vous ! » pour rappeler à quoi ressemble le Français quand il est parfaitement maîtrisé :

« Le motif de la Résistance, c’est l’indignation. On ose nous dire que l’Etat ne peut plus assurer les coûts de ces mesures citoyennes (les mesures gagnées par la Résistance à la suite de la deuxième guerre mondiale : Retraites, Sécurité Sociale …) alors que la production de richesse a considérablement augmenté depuis la Libération, période où l’Europe était ruinée. Sinon parce que le pouvoir de l’argent tellement combattu par la Résistance, n’a jamais été aussi grand, insolent, égoïste,  avec ses propres serviteurs jusque dans les plus hautes sphères de l’Etat…. »

« Le motif de base de la Résistance était l’indignation. Nous, les vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France Libre, nous appelons les jeunes générations à faire vivre, transmettre, l’héritage de la Résistance et ses idéaux. Nous leur disons, prenez le relais, indignez-vous ! Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l’ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l’actuelle dictature internationale des marchés financiers qui menace la paix et la démocratie. »

«  Aux jeunes, je dis : regardez autour de vous, vous y trouverez les thèmes qui justifient votre indignation – l’écart grandissant entre les riches et les pauvres, l’état de la planète, le traitement fait aux immigrés, aux sans-papiers, aux Roms. Vous trouverez des situations concrètes qui vous amènent à donner cours à une action citoyenne forte. Cherchez et vous trouverez ! »

« Non, cette menace n’a pas totalement disparu (le fascisme). Aussi appelons nous toujours à une véritable insurrection pacifique contre les moyens de communication de masse qui ne proposent comme horizon pour notre jeunesse que la consommation de masse, le mépris des faibles et de la culture, l’amnésie généralisée et la compétition à outrance de tous contre tous »

« A ceux et celles qui feront le 21ème siècle, nous disons avec notre affection :

« CREER, C’EST RESISTER – RESISTER, C’EST CREER. »

 Je ne sais pas vous, mais moi, j’ai compris tout ce que Stéphane Hessel m’a dit dans son livre. Je n’y ai trouvé aucun adjectif mal employé, ou autre faux amis ou encore contre sens manifeste, visant à me faire perdre mes repères lexicaux et grammaticaux. Au contraire, Stéphane Hessel est limpide.

A l’oral, Stéphane Hessel, ancien résistant, est aussi clair qu’à l’écrit :

http://www.youtube.com/watch?v=-Aup9bQSyKQ

A l’oral, Stéphane Hessel, 93 ans, ancien résistant et ancien déporté, évadé de 2 camps de concentration, est aussi intelligible qu’à l’écrit :

http://www.youtube.com/watch?v=yFHHFYxv_yg&NR=1

Et pour ceux qui comprendraient mal le Français et l’histoire de France, on ne peut pas accuser Stéphane Hessel d’être un dangereux gauchiste puisqu’il a été proche de Pierre Mendès France, Valéry Giscard d’Estaing, François Mitterrand et du général de Gaulle, fondateur de la Vème République et du RPF, ancien RPR, mouvement dont l’UMP se déclare l’héritière.

Comme disait ma professeur de Français au Lycée, ancienne résistante, quand nous faisions une faute de Français : « Le général doit se retourner dans sa tombe ! »

Quelques personnes d’un âge certain, toutes anciennes résistantes ou déportées qui parlent un français irréprochable et qui rappellent ce qu’est l’identité nationale de la France (Ils s’en souviennent, ils se sont battus pour elle) :

http://www.youtube.com/watch?v=vrA9zvqXW-I&feature=player_embedded#!

Serait-ce parce qu’on essaye de nous faire perdre notre latin, que nous ne comprenons plus le Français et que nous nous retrouvons à débattre sans fin de l’identité nationale de la France dans un charabia incompréhensible ?

Peut-être bien.

Il faut toujours se méfier des glissements sémantiques. Quand les mots changent de sens, quand un même signifiant s’associe à un autre signifié, l’ancien signifié reste dans l’esprit et il s’en suit une confusion qui mène à une perte de sens. Avec le glissement, on peut ainsi  redéfinir des mots et les émotions qui leur sont associées et par conséquent modifier la langue et l’inconscient collectif d’un peuple.

La pratique de la redéfinition des mots consiste à dissocier le mot (le signifiant) de son sens (le signifié) et à lui affecter un nouveau sens, de préférence diamétralement opposé au sens premier du mot. C’est ce que l’on appelle le glissement sémantique.

Prenons quelques exemples de glissements sémantiques connus où l’on change le signifiant pour qualifier le même signifié :

-       Libéralisme à la place de Capitalisme

-       Dommages collatéraux à la place de victimes civiles

-       Frappes stratégiques à la place de Bombardements

 

Il s’agit de remplacer un terme péjoratif dans l’inconscient collectif par un terme « neutre » afin d’éviter une réaction émotionnelle négative.

Un exemple de glissement sémantique dans l’autre sens, où l’on change le signifié d’un signifiant :

Le « Réforme » que j’ai prise comme exemple au début de cet article. « Réforme » est un mot chargé positivement dans l’inconscient collectif français, il est utilisé actuellement pour obtenir l’adhésion des français à des « mesures de rigueur budgétaire » avec lesquels ils ne seraient peut-être pas d’accord si elles étaient qualifiées comme telles.

Ce procédé entraine deux types de réactions :

-       l’adhésion a des idées qui ne sont pas celles que l’on pense.

-       Et pour ceux qui refusent d’adhérer,  la confusion et un sentiment de culpabilité lié au signifiant chargé positivement dans l’inconscient collectif.

En raison de la perte de sens des mots, le glissement sémantique empêche la mise en place d’un discours sain, basé sur une logique faisant sens, et empêche donc par conséquent toute opposition saine, l’opposition est forcément coupable de trahir l’idée positive de la Réforme.

J’ai entendu parler pour la première fois de glissement sémantique durant mes cours de psychologie des masses et d’Histoire des idées politiques à la Faculté. L’étude des glissements sémantiques s’inscrivait dans un chapitre intitulé « Manipulation des masses et Propagande ».

Le Français glisse…

 

« INDIGNONS-NOUS ! »

« SAUVONS LE FRANÇAIS ! »

Par Li-Cam
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