Partager l'article ! L’Art de communiquer ou l’Art de faire que 2 et 2 fassent 5: Je bloque actuellement sur l’écriture d’une nouvelle dans la ...

Je bloque actuellement sur l’écriture
d’une nouvelle dans laquelle j’aimerai abordée par le biais de la fiction le problème de l’incommunicabilité qu’engendre notre société hypercommunicante. Un vaste sujet …. Comme à chaque fois
avant d’écrire un texte quel qu’il soit, nouvelle ou roman, je passe du temps à me documenter pour nourrir ma réflexion et confronter les uns aux autres les différents points de vue que j’aurais
récoltés.
D’habitude, je ne poste pas ce genre de travail préparatoire sur mon blog, car il n’a pas de réel intérêt. Ce n’est même pas encore une esquisse, ce sont juste des idées qui s’entrechoquent et qui donneront naissance, quand elles auront trouvé leur voie, à un texte de fiction. Cette fois, j’ai eu envi de partager cette mixture, peut-être dans l’espoir de récolter quelques opinions.
Au fil de ma réflexion, je suis vite arrivée à la conclusion que la communication est le contraire du dialogue.
Paradoxal ?
Surtout pas. L’idée que l’on puisse percevoir communication et dialogue comme synonymes est absurde. Cette absurdité prend toute sa dimension quand on place la réflexion, non plus au niveau micro de la communication interpersonnelle, mais au niveau macro de la communication de masse.
Prenons d’abord la définition du dictionnaire du mot « communiquer » : Transmettre une information, un message.
Et celle du mot dialogue : Confronter deux ou plusieurs points de vue sur un sujet.
Si l’on ne prend en compte que la définition du dictionnaire, les deux mots ont une signification diamétralement opposée. Transmettre une information unilatérale afin qu’elle soit transmise à son tour pour communiquer. Confronter des points de vue pour dialoguer.
Pourtant pour beaucoup de gens communiquer et dialoguer ont un sens similaire.
Intéressons-nous maintenant à la définition du mot communication, telle qu’elle est donnée par les sciences de la communication justement : « Avec la communication, nous sommes vraiment sur le registre de l’humain. Ce qui caractérise les méthodes de communication, c’est que : la personne à qui on s’adresse compte plus que l’information qu’on lui transmet. La communication, c’est savoir faire passer des messages avec des mots choisis, en utilisant sa voix, son corps et ses sentiments pour que l’interlocuteur ou le public acceptent le message émis et y adhèrent. » -cf Management et communication Krauthamer.
Intéressons nous maintenant à la définition du mot « marketing » : science qui consiste à concevoir l’offre d’un produit en fonction de l’analyse des attentes des consommateurs.
Si je mets ces deux dernières définitions en parallèle, la communication, c’est le marketing des idées : faire adhérer un public à une idée quel qu’elle soit, en l’adaptant à ses attentes. C’est donc l’inverse du dialogue, qui lui consiste à échanger des idées différentes dans le but incertain de se comprendre.
La communication, c’est la manière de dire, et pas ce que l’on dit. Ce sujet m’intéresse car je suis réfractaire à la forme du message, seul son fond me parvient, ce qui me pose quand même quelques fois des problèmes.
Pour commencer, abordons la communication
interpersonnelle :
Imaginons une situation somme toute banale : Je suis dans le bureau du chef, il me dit : « nous allons devoir revoir nos priorités » en me servant un sourire. Je vais lui demander : « quelles priorités ? » et je vais m’entendre dire : « non, ce n’est pas grave. Il ne faut pas t’inquiéter. Ce n’est vraiment pas important ». Re grand sourire. Et si je ne fais pas attention, je vais répéter : De quelle priorité parles-tu ?» car je déchiffre mal le langage non verbal.
Admettons, qu’un de mes collègues entendent la même phrase « nous allons devoir revoir nos priorités » et amalgame directement le langage non verbal au message, il va comprendre que « revoir nos priorités » n’aura pas d’impact sur lui ou peu. Il l’aura déduit de la communication non verbale, ce que je suis incapable de faire d’emblée. Aura-t-il raison d’avoir compris ce qu’il a compris ? Seul l’avenir pourra le lui révéler.
Dans le cas d’un discours « marketé » ou la manière prime sur le fond, il aura une mauvaise surprise. Dans le cas d’un discours sincère, il aura vraiment compris le message. En revanche en ce qui me concerne, que le discours soit sincère ou marketé n’a aucun impact, puisque seul le contenu du discours me parvient.
Est-ce un avantage ? Un inconvénient ?
J’entends souvent, il ne faut pas négliger les formes, ce que j’ai appris à mettre en œuvre, mais je réponds encore souvent : OK mais le fond importe plus que la forme et à un moment donné, la forme ne doit pas interférer avec le fond. Je préférais toujours avoir à faire à quelqu’un qui ne met pas les formes mais qui a du fond, qu’à quelqu’un qui met trop de formes et n’a pas de fond. Pire, les gens trop chaleureux me mettent mal à l’aise.
Je ne suis pas représentative et je ne suis donc pas prise en compte par les sciences de la communication qui s’intéressent à la manière de communiquer avec les masses.
Si j’envisage maintenant la communication de masse, cette difficulté à prendre en compte la forme me rend réfractaire à la publicité. Quand je lis « je mange des yaourts pour nourrir ma beauté intérieure », le tout présenté avec une très belle fille souriant de toutes ses dents sur une affiche publicitaire, j’ai l’impression que quelque chose cloche. Ce message signifie « mangeons des yaourts pour être beau et heureux ». Nonobstant sa stupidité, il reste compliqué à déchiffrer pour moi car j’ai dû mal à relier la forme et son contenu. La forme interfère avec le fond au lieu de s’amalgamer. Pour arriver à le décrypter, je vais devoir me tordre les méninges. Il y a un jeu de mots sur la beauté intérieure qui va déjà me laisser sur le bas côté. Il va falloir que je passe par la biologie et la biochimie pour le comprendre. Et je vais penser aux bactéries que nous avons à l’intérieur, dans l’intestin, qui nous aident à assimiler les aliments en les décomposant en éléments plus simples. Et là je vais me dire, OK le ferment lactique va leur porter main forte à l’intérieur, mais quel est le rapport avec la beauté ? Il me faudra accomplir une étape de réflexion supplémentaire et alambiquée au possible. Beauté intérieure signifie « avoir une belle âme » et pas avoir un intestin efficace. Quel est le rapport entre un intestin efficace et une belle âme … Bonne question ! Encore plus gros Bug … Je vais revenir en arrière, et me dire laissons tomber la belle âme et regardons l’image : une belle fille qui sourit. Pour moi le texte, c’est le fond, et l’image, c’est la forme. Je commence d’abord par le fond, ce qui est un tort. Si je prends en compte l’image seulement, je vais me dire que manger des yaourts rend belle à l’extérieur, ce qui bien que très simplifié tient scientifiquement, car c’est sûr qu’avec un intestin en vrac, j’aurais mauvaise mine, les cheveux cassants et l’air fatigué… je serais loin d’être belle. Au niveau de l’image, le message passe mieux. … mais alors pourquoi parler de beauté intérieure dans le texte ? Peut-être cherche-t-on à traduire l’idée de bonheur qui se cache derrière le sourire de la jeune fille ? C’est sûr que si je suis fatiguée parce que j’ai l’intestin en vrac, je vais être un peu tristounette en plus d’être moche et là personne ne me trouvera belle à l’extérieur comme à l’intérieur…. Même s’il y a des moyens plus efficaces que les yaourts pour soigner mon intestin ! Et encore plus, même s’il y a pléthores de moyens beaucoup plus efficaces que les yaourts pour me rendre heureuse !
15mn à analyser une image publicitaire pour lui donner un sens, sans être certaine pour autant d’avoir déchiffrer le message.
Autant dire que je n’achèterais pas de yaourt de cette marque, parce que je me suis trop pris la tête pour des yaourts et que je vais en garder un mauvais souvenir.
Efficacité du message publicitaire : 0.
Je regrette l’époque où l’on nous vendait des yaourts en nous ventant leur qualité gustative. Car tous les ferments lactiques sont bons pour les intestins, par contre tous les yaourts n’ont pas le même goût. A cette époque là, je comprenais encore un peu ce que l’on essayait de me dire.
Certes il ne s’agit que d’une affiche publicitaire, et je pourrais passer devant sans la regarder, ce que je fais la plupart du temps, mais celle-ci a retenu mon attention parce que je n’y ai rien compris.
En fin de parcours après m’être tordu les méninges, ce qu’il me reste aujourd’hui de cette publicité, c’est « soit belle et heureuse et mange du yaourt ».
On veut que je sois belle et heureuse. On ne veut que mon bien.
Un autre exemple encore pire :
« Parce qu’il y a les biens que nous possédons et ceux qui nous possèdent, j’ai choisi la liberté. » pour me vendre une voiture de luxe.
Pour une fois, j’ai compris le message du premier coup, mais les bras m’en sont tombés. « Les choses que nous possédons finissent par nous posséder » est une phrase extraite du film Fight Club. Ce n’est pas parce que je pense à ce film que le publicitaire a voulu y faire allusion, ce sont mes références. Malheureusement, quand j’ai croisé ce message, je suis resté bloquée sur Fight Club, et j’ai revu le héro du film penché sur son catalogue IKEA, seul, insomniaque. Je rappelle qu’il finit par péter les plombs à cause de son boulot et de sa vie merdique… Je rappelle aussi que le héro de Fight Club travaille pour un constructeur de voiture et passe son temps à faire des expertises de véhicules dans le but de déterminer si la mort des passagers est consécutive à leur négligence ou à un problème technique. Il s’agit souvent dans le film d’un problème technique… J’espère que le publicitaire n’a pas voulu faire référence à Fight Club, car il joue un jeu dangereux avec ceux qui aiment ce film. D’abord parce que le message du film, c’est qu’en s’enfermant dans ses possessions, on est susceptible de péter les plombs, un message très critique sur la société de consommations qui fait de nous des consommateurs plus que des citoyens, et nie nos réels besoins d’êtres humains. Dans le cas présent, faire référence à Fight Club … c’est prêché le message inverse de celui véhiculé par le film.
Mettons de côté la référence à Fight Club, et intéressons-nous à la phrase et à l’image :
« Parce qu’il y a les biens que nous possédons et ceux qui nous possèdent, j’ai choisi la liberté. » Grosso modo, on nous dit qu’il y a deux types de biens ceux qui nous possèdent (les biens démoniaques J je force le trait parce que cette publicité mérite que je me moque un peu d’elle) et ceux que nous possédons (les biens qui ne nous veulent pas de mal J) . Quand ensuite, vient la « J’ai choisi la liberté » juste au dessus de la photo de la voiture de luxe, deux phrases de George Orwell me sont soudain venues à l’esprit «Vous ne possédez rien en dehors des quelques centimètres cubes de votre crâne » et « La liberté, c’est la liberté de dire que deux et deux font quatre, lorsque cela est accordé le reste suit ». Ces citations sont extraites du livre « 1984 ». Cette publicité commence à m’agacer franchement avec son « j’ai choisi la liberté » parce qu’en la regardant, j’ai le sentiment que deux et deux font 5.
Certes, la voiture est un moyen de transport qui peut améliorer ma liberté individuelle de me déplacer. Mais, malheureusement, en étant soumise à ce message publicitaire, j’ai eu l’impression que pour me vendre une voiture, on se moquait très fort de ma liberté d’opinion.
Efficacité du message publicitaire me concernant : 0 + un discrédit dont je peux prédire qu’il sera tenace pour cette marque.
Je regrette l’époque où pour me vendre une voiture, on me vantait sa solidité et sa fiabilité.
(Si vous avez des exemples de publicité dans lesquelles deux et deux font 5, je suis preneuse J)
Pourquoi les messages publicitaires me donnent-ils souvent l’impression que 2 et 2 font 5. Parce que je suis réfractaire à la forme ? Peut-être. Parce que je suis trop cultivée et que du coup, ce genre de messages publicitaire rencontre d’autres idées plus consistantes et se font laminer ? Peut-être. Quoi que Fight Club est un film populaire. Parce que j’ai trop d’esprit critique ? Je ne crois pas. Ceux qui me connaissent savent que je suis plutôt d’une nature indulgente. Je crains d’ailleurs les gens qui critiquent tout, tout le temps pour se donner de l’importance. Alors pourquoi ne puis-je être indulgente avec les messages publicitaires qui me parlent de ma beauté intérieure pour me vendre des yaourts et ceux qui me font croire que je ne serai pas posséder par mes biens quand je me serai endetté jusqu’au cou pour acheter une voiture de luxe ? Parce que je ne supporte pas qu’on abuse de la crédulité des pauvres gens !
Le développement des médias de masse
au 20ème siècle a fait de l’homo sapiens, un ‘homo « communicans » libre, beau et heureux. L’homme qui sait est devenu l’homme
qui communique, et je pourrais ajouter, même s’il ne sait plus ce dont il parle (pour preuve les publicités dans lesquelles deux et deux font 5). L’homme qui communique fait l’amalgame entre les
faits et le savoir d’un côté et l’information médiatique unilatérale de l’autre. A cause des médias de masse, l’homme qui communique n’a plus besoin de savoir, car il pense l’avoir à disposition
de façon instantanée (ce qui est une illusion, car une information s’assimile et se digère lentement avant de devenir un savoir), il ne lui reste donc plus qu’à soigner les apparences. Il devient
alors « un homme sans intérieur » ou plutôt un homme qui a bradé son intérieur au bénéfice de l’information instantanée, un homme sans fond qui fonctionne uniquement en surface. Un
homme beau et heureux, qui ne se pose plus de questions et pour qui notamment 2 et 2 font 5.
Les êtres humains savent normalement fonctionner en surface et au fond, hormis quelques rares handicapés, répertoriés, catalogués, diagnostiqués qui ont du mal avec la forme. Les médias de masse et la communication à tous crins sont pourtant en train de créer un nouveau genre d’handicapés, des personnes qui ne fonctionnent qu’en surface, qu’au niveau des « apparences » et du « particulier ». J’ai besoin d’une information particulière, je vais la chercher et je me fiche du contexte générale dans lequel elle s’inscrit. Je n’analyse plus du tout, plus rien … Je fais passer la forme avant le fond et peu importe si ce que je dis se résume à 2 et 2 font 5, car je ne me rends même plus compte tant je soigne la forme dans l’instant au détriment du fond.
Notre société hyper communicante est devenue une aberration dans laquelle croulant sous des tonnes d’informations, les individus ne sachant plus à quel sein se vouer se fient à la première information qui leur tombe sous la main, malheureusement la plupart du temps, il ne s’agit pas d’une information, mais d’une communication qui n’a rien d’informative. La plupart du temps, ils tombent sur une « communication de masse » qui a été formatée et simplifiée, puisqu’elle s’adresse à des milliers ou des millions de personnes, par delà leurs opinions et leur niveau de connaissances personnelles. Les grands média déversent leur « information » au plus grand nombre et laissent les récepteurs (ceux qui reçoivent l’information) penser que parce qu’ils sont informés, ils savent, ils peuvent même penser dans certains cas qu’ils sont spécialisés sur un sujet parce qu’ils lisent la presse spécialisée, et finissent par demander dans les cabinets médicaux les médicaments qu’ils souhaitent prendre, se pensant eux-mêmes docteurs. On ne peut pas leur en vouloir car c’est dans la logique d’une société sans repère, ni limite, basée sur la communication à tous crins et non plus sur le savoir. La parole ne porte plus. La connaissance n’a plus de sens, même celle du vrai spécialiste.
Or, les individus ne savent rien hormis ce que l’on veut bien leur faire penser. C’est comme un malade à qui l’on donne un placébo. Il prend un médicament tous les jours, il pense donc qu’il est soigné, (la forme est respectée) sauf que dans la gélule qu’il ingurgite, il manque le principe actif (ce qui soigne vraiment), parce que l’on veut déterminer les effets secondaires de ce même médicament. Au bout du compte, notre malade fait tout ce qu’il faut pour se soigner, mais c’est inefficace, car il lui manque l’essentiel, le médicament. Pour éviter les effets secondaires, les grands média nous livrent un placébo d’informations, vide de sens, et nous laisse en plus avec l’impression que l’on est informé. Les média ne sont même pas vraiment de mauvaise foi dans leur façon de faire, car pour eux, le plus important ce n’est pas notre niveau réel d’information mais notre ressenti. Si on se sent informé, c’est qu’on l’est. Les médias sont encore moins de mauvaise foi car ils sont sincères dans leur démarche vis-à-vis du public, qui s’il n’est pas satisfait, se détournera pour avoir l’information ailleurs. Ils n’ont pas d’autres choix que d’administrer un placébo plutôt qu’une information critique inscrite dans son contexte, car ce faisant le risque d’effets secondaires pourraient entraîner non pas la mort précipité du patient, mais la leur. Et la boucle est bouclée… Le serpent se mord la queue.
Je ne peux pas penser qu’il s’agisse d’un complot prémédité pour nous abrutir, car je ne suis pas paranoïaque. Je suis donc obligé de me rendre compte que les média sont victimes eux aussi au même titre que le reste de la population de l’ypercommunication qui les réduits au néant. S’il fallait trouver des fautifs, il faudrait aller chercher chez les pères fondateurs de la psychologie de la communication, mais ils ne sont pas coupables car cette science a été créée pour lutter contre la manipulation des masses, et surtout contre les injonctions paradoxales (2 et 2 font 5) qui caractérise la propagande des régimes totalitaires. La psychologie et la psycholinguistique, en comprenant de mieux en mieux son fonctionnement ont livré les clefs de l’esprit humain aux marchands. Et comme tout est devenu marchandise, même l’information et la politique, l’hypercommunication est partout. Je crains qu’ils ne l’aient pas fait sciemment. Ne voyant que les chiffres de vente et les bénéfices financiers qu’ils feraient, ils n’ont pas vu venir qu’un jour on pourraient les accusé de manipuler les masses, car ils servent la liberté. La liberté est le fer de lance de l’idéologie des ultralibéraux.
Trop d’informations tuent l’information, car la quantité se fait au détriment qualité, c’est évident. Trop d’informations obligent les médias et les hommes politiques à faire de la communication pour avoir l’illusion de faire de la qualité, c’est un peu moins évident. Les médias et beaucoup d’hommes politiques font de la qualité dans le sens « satisfaction du plus grands nombres de clients », mais ils ne font pas leur métier de façon qualitative. Ils laissent au client le soin de déterminer ce qu’ils doivent dire. Par essence, le client ne sait rien car il est là pour être informé, mais c’est lui qui décide le contenu et comment l’information doit lui être présentée. Par le biais des sondages d’opinion, il n’y a plus que l’opinion qui compte, sauf qu’il n’y a plus d’opinion car une opinion se fonde sur une information, si cette dernière est déficiente, l’opinion se fonde sur rien et ne représente plus rien. J’irai même jusqu’à dire que cette opinion est susceptible de voter n’importe comment. C’est ainsi que l’on peut voir des gens avec des petits moyens financiers voter pour des candidats ultralibéraux… car deux et deux font 5.
Ils ne l’ont pas vu venir, car ils ne voient pas plus loin que leurs bénéfices et leurs dividendes. Je conçois qu’ils se sentent mal à l’aise désormais car dans ce contexte de crise et de concurrence mondialisée, ils sont obligés de frapper de plus en plus fort dans le 2 et 2 font 5 pour continuer à faire des bénéfices. Ils ont défendu les libertés d’entreprendre, la liberté de penser contre les régimes totalitaires du XXème siècle. Ce ne sont pas des tyrans, mais la nécessité les pousse sur la mauvaise pente.
De mon côté, quand je reçois une information, je ne la prends jamais pour argent comptant quelque soit mon niveau de confiance vis-à-vis de la personne qui me la délivre. Quand une information m’intéresse, il me faut lire Le figaro, Le monde, Libération, Marianne, et le Canard enchainé pour en confrontant les points de vue et les idées qui en découlent, afin de me faire « mon » idée de cette information. Ça demande du temps, c’est lent et fastidieux. Je suis obligé de sélectionner les informations que je vais analyser … mais au moins en fin de parcours, je sais quelle est mon idée sur cette information. Je me la suis forgée en confrontant divers points de vue, je me la suis forgée en créant un dialogue entre plusieurs intervenants afin d’envisager le maximum de tenants et d’aboutissants autour de cette même information.
C’est le dialogue des idées qui me permettra de me faire « mon » idée, c’est le dialogue des idées qui me permettra de sortir du cadre restreint de la communication. En plus, comme j’aurais passé beaucoup de temps à décortiquer cette information, elle me restera longtemps en mémoire. Je ne l’oublierais jamais … et cette information, analysée, replacée dans son contexte, et mémorisée comme telle, deviendra un savoir. Elle prendra un sens. Je pars du principe que la compréhension est une activité commune. Je ne peux pas comprendre si je ne consulte pas la pensée de personnes spécialistes, si possible, d’opinions divergentes. Je ne prendrais jamais une thèse au sérieux, si on ne me présente pas l’antithèse pour que j’en fasse la synthèse.
Je suis difficilement influençable car j’ai la passion des idées,
Le discours de surface n’a aucun intérêt à mes yeux, car ce qui m’intéresse, c’est faire du sens.
Et pour moi, la communication entraîne une incommunicabilité de ce qui n’est pas surface, une incommunicabilité du sens et du savoir.
Un nivellement par le bas, des idées et des savoirs.
C’est dramatique.
D’autant plus dramatique que je pense honnêtement que l’abrutissement dont nous sommes tous victimes n’est pas la conséquence de la volonté préméditée d’une élite marchande, c’est nous les fautifs. Nous nous sommes laissés abrutir par nos désirs et nos besoins et nous en payons aujourd’hui le prix.
Je ne prendrais personne comme bouc émissaire, je préfère mettre chaque individu devant ses responsabilités.
Accordons nous du temps de cerveau disponible pour réfléchir.
Dialoguons. Echangeons des idées.
Il y a une centaine d’années encore,
nous n’étions rien sans les autres, car nous ne pouvions rien faire, la solidarité et la collaboration était le seul gage de la survie. Aujourd’hui, nous pouvons tout faire seul, nous n’avons
plus besoin les uns des autres.
C’est une erreur.
Dialoguons pour de vrai. Rencontrons-nous ! Quoi que tu dises, tu ne seras pas jugé, ni critiqué, ni rabaissé, même si ce que tu as à dire est contraire à mes idées. Car je suis pour le dialogue et non pour la communication. Et si ensemble, nous arrivons à une minuscule clarification d’un problème, à une petite contribution vers une compréhension plus claire, source de sens pour toi et moi, ce sera un grand succès car nous aurons briser ce qui nous abrutis … notre fantasme absurde d’autosuffisance, notre folie de croire que l’autonomie et l’individualisme, c’est la liberté. Notre bêtise de penser que nous sommes suffisamment intelligent et fort pour nous en sortir seul. Notre conception bizarre qui faire croire que la liberté d’expression, c’est la liberté de parler de soi et que de soi tout le temps et surtout ne jamais vouloir parler d’autre chose.
Cessons de communiquer et dialoguons pour créer du sens.
Si nous perdons le sens tout devient incertain, et de plus en plus 2 et 2 feront 5.