Partager l'article ! Le syndrome d'asperger et le Facteur humain - Réflexion sur le film "The social network" de David Fincher: The social network r ...

The social network raconte la genèse de Facebook à travers le parcours de
son créateur Mark Zuckerberg. Dès la première scène du film, j'ai trouvé que l'acteur qui tenait le rôle principal avait une façon de parler familière, et une propension à tout
analyser même ce qui ne devrait pas l'être, pour ne pas dire surtout ce qui ne devrait pas l'être assez significative. Marc Zuckerberg appréhende la sphère des relations entre êtres humains
avec un manque de "tabou" et de tact propre au syndrome d'asperger. Le film montre une capacité d’analyses et des formes cognitives atypiques d'un parfait réalisme pour qui connaît
l'autisme de haut niveau de fonctionnement.
Avachie dans mon fauteuil, je commence à avoir du mal à suivre car je ne peux m’empêcher de me demander si certains traits de Mark Zuckerberg ont été exagérés ou romancés dans le livre "The accidental billionnaires de Ben Mezrich dont est inspiré le film. Au bout d'une heure, je suis obligé de réaliser que si le film dépeint la personnalité réelle du créateur de Facebook, le jeune homme souffre sans doute du syndrome d'asperger. C'est toujours un peu péremptoire et dangereux de poser un diagnostic sur la représentation d'un individu et non l'individu lui-même, surtout quand on ne l'a jamais rencontré, c'est pourquoi, je précise "si le film dépeint la personnalité réelle du créateur de Facebook".
Après la séance, je fais quelques recherches afin de déterminer si Mark Zuckenberg connait sa condition et je me rend compte que le personnage présenté dans le film fait couler beaucoup d’encre au sujet du syndrome d'asperger. Et les diagnostics pleuvent sur la tête du créateur de Facebook.
Un article diagnostiquant Mark Zuckerberg à l'insu de son plein gré :
L'analyse du déficit d'intelligence sociale est assez respectueuse et plutôt bien faite. Je reviendrai plus tard sur la perception sous forme de circuits et de schémas des relations sociales, typique de la compensation du handicap social par la cognition.
Au fil de mes recherches, je me rends compte qu'après avoir raté lamentablement quelques interviews soit pour mauvaise conduite soit parce qu'il s'est montré incapable de répondre correctement aux questions qui lui étaient posées en raison du stress, Marc Zuckerberg fait l'objet d'articles lui recommandant grandement d'acquérir le livre de Marc Segar's "Le guide de survie des personnes atteintes du syndrome d'asperger". Les conseils proposés dans cet article issue de l'ouvrage de Marc Segars pourraient paraître stupides à des neurotypiques, mais la stupidité est elle aussi relative, et ... ce sont de vrais tuyaux pour un asperger.
http://valleywag.gawker.com/5029082/coping-with-aspergers-a-survival-manual-for-mark-zuckerberg
Un article du Monde bien monté qui pose encore un diagnostic :
"Il parle comme s'il était atteint du syndrome d'Asperger [une forme d'autisme] : il part du principe que lorsqu'ils communiquent, les gens sont honnêtes, factuels et directs, et il ne comprend pas l'allusion et le sous-entendu. Cela le rend excellent lorsqu'il s'agit de programmer. Mais cela rend la séduction difficile pour lui, parce qu'elle est basée sur le sous-entendu et l'absence de premier degré."
"De plus, sa capacité à comprendre les désirs les plus sombres d'autrui et de les exploiter dans des applications sociales – comme la manière dont il joue avec le désir des étudiants de comparer la beauté des femmes et de les classer de manière dégradante avec son programme Facemash – fait de lui un génie pour ce qui est de construire des logiciels addictifs, basés sur les plus bas instincts d'exclusion et de reconnaissance. Cette capacité à voir ce qu'il y a d'instinctif chez autrui fait aussi de lui un mauvais compagnon de bar...
La combinaison de sa rationalité et de sa capacité à exploiter l'irrationalité des autres est la source de son isolement et de son désespoir, mais aussi la source de son "génie"."
La capacité à voir ce qu'il y a d'instinctifs chez autrui est l'une des caractéristiques de l’autisme de haut niveau de fonctionnement. L’autiste manquent cruellement d'instinct grégaire et d'intelligence sociale ... et perçoit avec anxiété ce qui tient de l'inné chez les neurotypiques, puisqu'étant dépourvus de la part d'inné qui régit les relations entre individus, les comportements sociaux lui apparaisse du coup comme irrationnels et imprévisibles. Pour se représenter le monde comme un asperger, il suffit de s'imaginer arriver sur une autre planète sans connaître la langue, les coutumes, les bonnes manières et ne pas avoir en sa possession de guide touristique ou encore s'imaginer être un Vulcain nommé Spock et se retrouver à bosser sur l’Enterprise.
Dans the social network Marc Zuckerberg imagine un petit jeu permettant de noter les filles sur leur physique afin d'obtenir le plus de connexions possibles.
Agir ainsi semble montrer un manque d'empathie et un cynisme "dégueulasse". Revenons donc un peu sur le cynisme dont sont souvent accusé les aspergers et essayons de penser comme un asperger pendant quelques minutes : (attention, ce pourrait être une expérience traumatisante comparable à faire des montagnes russes en apesanteur ...:) )
Si nous partons du principe que Marc Zuckerberg est asperger, il n'a qu'un intérêt très réduit pour le physique des filles et ne prend pas plaisir à les classer par ordre croissant ou décroissant de beauté, par contre, il a remarqué que c'était quelque chose qui amusait beaucoup les autres garçons de son âge. Quand il réfléchit au moyen de faire le maximum de connexions, il pense à ce jeu car il sait qu'il plaira beaucoup même si lui s'en fout comme de sa première barboteuse. Son but est de générer le plus de connexions possibles. Même s'il essaye de se mettre à la place des filles qui seront jugées, il ne voit pas où est le mal, car il ne peut pas imaginer que l'on puisse accorder de l'importance à son apparence physique au point d'être gravement blessé dans son amour propre par un jeu inintéressant au possible. Comme il ne comprend pas en quoi le physique est important au niveau social, il n'en appréhende pas l'importance au niveau intime. Si Marc Zuckerberg avait été une fille asperger et avait été comparé avec les autres filles, il aurait simplement trouvé cette pratique inintéressante et serait passé à autre chose dans les deux minutes. Il aurait même pu finir dernière, derrière une femelle éléphant, il aurait juste trouvé inadéquate de comparer des femelles humaines avec des animaux et aurait fait semblant de rire, pensant que peut-être cette erreur manifeste de classification était intentionnelle et visait à divertir, sans toutefois en être tout à fait sûr...
(Je sais, c'est très déstabilisant...)
Si on lui oppose l'argument : C’est extrêmement réducteur de ne voir les femmes que pour leur physique et c’est dégradant de les comparer les unes aux autres. Salopard ! (+ la paire de claques qui va avec)
Il répondra : Oui, c’est réducteur de ne voir les femmes que pour leur physique. C’est dégradant pour les femmes et pour les hommes qui les comparent. C’est aussi réducteur pour les femmes réduites à leur physique que pour les hommes à l’intelligence réduite qui réduisent les femmes à leur physique. Si on suit le raisonnement jusqu’au bout, je dirais que c’est aussi avoir une opinion dégradé de soi-même de se sentir dégradé par le jugement des hommes à l’intelligence réduite qui réduisent les femmes à leur physique. Et si on opte pour un angle de vision un peu tangentiel, on peut aussi dire que c’est fascinant que les femmes intelligentes se sentent concernées par l’avis des hommes qui prétendent les juger uniquement sur leur physique. Cela démontre une étrange propension à s’intéresser à l’avis des autres, même ceux qu’on ne connaît pas et avec qui on a manifestement aucune affinité. Il faut que je creuse ce point dont les tenants et les aboutissants m’échappent.
(Dans cette situation, il est susceptible de se prendre une deuxième paire de claques + un coup de but si un homme passe par là … avant d’avoir fini sa réflexion. )
(Je sais, c’est carrément obscène. )
Qu’est-ce qui échappe au fond à notre asperger ?
Pour un neurotypique la réponse est simple : L’asperger ne tient pas compte de l’avis des autres … c’est un sale égoïste autiste qui manque d’empathie … Il ne pense qu’en terme de schéma et de logique sans tenir compte du facteur humain, c’est un sale machine efficace dépourvue de cœur !
Pour un asperger : Le facteur humain est pris en compte au même niveau que tous les autres facteurs. L’avis des autres n’a un impact que s’il est motivé et expliqué selon un schéma compréhensible et s’il menace ou améliore la réalisation de l’objectif. La moindre contradiction dans la logique est jugée irrecevable.
Admettons que tu essayes de penser comme un asperger sans en être un et que tu appliques une logique pour expliquer à Marc Zuckerberg que parce que tu arrives en dernier dans la liste, tu te sens comme lui quand il s’est fait larguer par sa petite amie. (Tu te bases sur une logique sociale et affective. Attention, tu prends le risque d’attendre des choses qui vont te déplaire)
La réponse de l’asperger : Tu t’es senti comme si tu t’étais fait larguer par un millier de mecs avec qui tu n’es pas. « Bug »
Ta réponse : Non connard, ce n’est pas ce que je veux dire !
Prenons du recul : c’est pourtant exactement ce que tu viens de dire au sens littéral.
Sous un autre angle : Imaginons que tu optes pour une méthode plus « franche ». Je n’ai pas du tout apprécié d’être traité de thon par toute la faculté. Tu aurais pu réfléchir avant de mettre en ligne un jeu pareil.
La réponse de l’asperger : L’avis des autres sur ton physique est important pour toi. Je n’ai pas pensé à toi avant de mettre le jeu en ligne, c’est vrai.
Ta réponse : une paire de claques.
La question de l’asperger pour comprendre ta réaction disproportionnée d’un violence inouïe : Penses-tu que beaucoup de filles accordent autant d’importance à leur physique que toi ? As-tu un pourcentage évaluant le nombre de filles susceptibles d’avoir la même réaction que toi. J’aimerai déterminer combien de claques, je vais recevoir pour m’y préparer.
Quoi que tu fasses, si tu es neurotypique, les réponses de l’asperger te paraîtront d’un manque total d’humanité. Et si tu es asperger le comportement des neurotypiques te paraitra complètement irrationnel et incompréhensible.
A force de se prendre des claques, l’asperger à deux solutions qui s’offrent à lui, soit il décide d’en finir ou de vivre en dehors du monde (c’est malheureusement souvent le cas), soit il décide de s’accrocher coûte que coûte en utilisant l’observation et la logique pour essayer de standardiser les comportements irrationnels et ainsi apprendre à les prédire afin de s’y adapter. Ce processus est appelé « compensation du handicap ». Pour faire une parallèle explicatif, imaginons que l’aptitude sociale soit un sens et l’aptitude cognitive un autre, compenser le sens social par la cognition revient à compenser la vue par l’ouie et le toucher pour un aveugle. C’est à dire utiliser des aires du cerveau pour accomplir des tâches pour lesquelles elles n’ont pas été conçues.
Le plus cruel dans le handicap social, c’est qu’il ne se voit pas. Comme il ne se voit pas, il est resté méconnu de la science pendant très longtemps, et reste méconnu du grand public encore aujourd’hui. Autant il est facile pour un neurotypique d’imaginer ce que c’est d’être aveugle, car il lui suffit de fermer les yeux pour s’en faire une idée précise, autant il est quasiment impossible pour un neurotypique de se figurer le handicap social, car pour ce faire il lui faudrait s’amputer de ses aptitudes sociales innées (donc d’une partie de son cerveau). Il est pratiquement impossible de penser comme un autiste de haut niveau de fonctionnement si on n’est pas soi même handicapé.
En continuant mes recherches, je réalise que beaucoup d'aspie se manifestent sur la toile. Les questions fusent sur google : "Est-ce que le film sur Facebook sous-entend que Mark Zuckerberg a le syndrome d'asperger ? Est-ce qu'il a été diagnostiqué ? Est-ce qu'il sait qu'il souffre d'un handicap social ?
Un forum sur lequel les aspies parlent aux aspies et s'interrogent…
http://www.wrongplanet.net/postt109109.html
Pourquoi la question de savoir si Marc Zuckerberg bénéficie d’un diagnostic est-elle cruciale pour un asperger ?
D’abord, parce que si Marc Zuckerberg ignore qu’il souffre d’un handicap social, le découvrir au détour d’une recherche google pourrait être un choc, ensuite parce que le diagnostic permet la prise de conscience et la mise en place de la compensation du handicap.
Pour la plupart des aspergers le jour de l’annonce du diagnostic est un choc et une fois l’annonce digérée, un immense soulagement. Il est tout d’un coup possible de répondre à la question : Qu’est-ce qui m’échappe ? Une fois cette donnée manquante intégrée, elle permet de comprendre et d’apprendre à apprécier les neurotypiques pour ce qu’ils apportent : des échanges complexes et subtiles qui ne se réduisent pas à des échanges d’informations. Apprendre à communiquer est un défi immense pour un aspie, un objectif susceptible de donner du sens à sa vie. (Je sais de quoi je parle)
Savoir si Zuckerberg souffre ou pas du syndrome d'asperger n'est pas l'essentiel, car il s’agit du facteur humain, et c'est à lui qu'il revient de consulter s'il le souhaite. J L'étude de la sociabilité par les yeux d'un asperger est elle en revanche très intéressante : elle peut permettre aux neurotypiques de mieux se comprendre eux-mêmes, exactement comme un asperger peut appréhender et compenser son handicap en se confrontant aux neurotypiques à partir du moment où il a compris en quoi il était différent.
Pour moi qui souffre d’un handicap social, le contenu de Facebook est la plupart du temps inintéressant par contre ce qu’il montre des processus de fonctionnement des neurotypiques est fascinant. C’est une vraie mine d’informations, beaucoup plus intéressante que myspace. La page d’accueil ne donne pas sur le « mur » comme dans myspace mais sur « le fil d’actualité » qui permet de suivre en direct l’activité de ses « amis » car pour les neurotypiques le plus important c’est ce que fait l’autre. Le fil d’actualité permet de partager l’actualité des autres sur mon mur, l’essence même des relations sociales : « partager pour exister ». Je commence par le fil d’actualité des autres et je partage ce qui me parle. Je communique. Si j’entre sur mon mur, je vais trouver les informations que j’y ai mises et celles que j’ai partagées, ce qui revient à « échanger pour déterminer qui je suis et qui tu es ». Si je visionne le mur de l’autre, je vais pouvoir commenter son actualité si je le souhaite ou simplement indiquer un jugement subjectif : « j’aime » - « je n’aime pas ». L’essence même de l’altérité qui opposent ou unis les neurotypiques – je vais pouvoir créer des groupes réunis autour d’un goût, d’une opinion car ce sont mes goût et mes opinions qui expriment mon identité.
Je viens de modéliser le fonctionnement neurotypique = le réseau social. Comme tout modèle, il est réducteur, mais comme tout modèle, il est terriblement attractif et efficace car il schématise un processus réel. J’ai appris que certains neurotypiques devenaient accro au fil d’actualité et ne pouvaient s’empêcher de le consulter, même s’il trouvait son contenu peu intéressant. C’est la démonstration dans le virtuel du lien social exacerbé qui peut devenir dépendance sociale. C’est le même processus qui permet d’expliquer le succès des shows de téléréalité, la vie des autres me permet de nourrir mon besoin profondément humain d’intimité avec l’autre et même si je ne connais pas cet autre le fait de « partager sa vie » me permettra de tisser un lien affectif avec lui, c’est à dire le faire exister en moi et pour moi.
Si un neurotypique voulaient schématiser le fonctionnement « asocial » des AS, il devrait placer le « mur » avant toute autre chose, d’ailleurs le fait que le profil de la personne commence par l’onglet mur est significatif, et permettre l’accès au fil d’actualité après 55 cliques ouvrant sur des fenêtres dont la moitié mènent nulle part. Ne pas permettre de se contenter d’un j’aime – j’aime pas et ne laisser que la possibilité de commenter avec l’obligation de remplir au moins 50000 caractères pour étayer l’analyse dans le minimum de confort. Ne pas permettre de créer des groupes autour d’une opinion ou d’un goût, mais seulement sur une nouvelle théorie permettant de comprendre le monde ou une information concrète, tout en permettant à ceux qui adhèrent de s’expliquer longuement sur le pourquoi de leur adhésion quand il s’agit d’une théorie, et ne donner que la possibilité d’adhérer mais pas de commenter quand il s’agit d’une information concrète. Ne pas permettre d’afficher ce que je fais, ni ce que je ressens sur le « mur ». Ne pas permettre de mettre des photos. Ne pas permettre d’accepter un ami s’il n’y a pas un objectif commun autre que le lien social. Ne pas permettre d’être accepté comme ami par quelqu’un qui place le lien social au centre de tout. Ne pas permettre de bloquer un ami même si il n’est pas d’accord avec moi. Permettre a ses amis de ne pas donner de nouvelles pendant des années sans pour autant penser que ce ne sont plus des amis, comme s’ils avaient changé parce qu’ils ne donnent pas de nouvelles. Ne pas permettre que la proximité, voire la promiscuité, devienne intimité.
Le premier schéma permet de se faire beaucoup d’amis.
Le deuxième schéma permet de se faire beaucoup d’ennemis.
Le premier schéma décrit un individu qui aura beaucoup d’intéractions sociales peu durables, car c’est le lien qui est nourrissant et il se suffit à lui même. Je détermine mes amis en fonction de leurs goûts et de leurs opinions.
Le deuxième schéma décrit un individu qui aura peu d’intéractions sociales satisfaisantes pour lui et pour les autres, mais qui quand il finira par en trouver n’en changera pas facilement, car le lien n’est pas nourrissant en lui même et ne se suffit pas à lui même. Il doit revêtir un aspect supplémentaire, un intérêt autre que le lien, la possibilité d’apprendre et de comprendre avec et grâce à l’autre, la possibilité de créer et de construire avec et grâce à l’autre, la possibilité de partager le cerveau de l’autre et pas sa vie, ni ses goûts. L’intimité, c’est ce qui ne se trouve pas sur le mur, mais derrière le mur : ce que je comprends, ce que je ressens tout au fond de moi. Je détermine mes amis en fonction de ce qu’il m’apporte.
Un asperger est d’une intégrité telle, qu’elle peut paraître stupide et « malhonnête » à un neurotypique. Marc Zuckerberg a refusé de vendre Facebook quand on lui en a proposé 1 milliard de dollars. Son moteur n’est pas l’argent. Apparemment, tel qu’il est montré dans le film, son moteur n’est pas la reconnaissance sociale car si il n’avait poursuivit que ce but, il se serait contenté d’accepter la proposition des alphas pour intégrer l’ « élite ». Quel est le moteur de Marc Zuckerberg ? Créer pour comprendre et améliorer sa compréhension afin de s’adapter. Le personnage du film s‘est fait larguer par sa petite amie pour une raison qui lui échappe et qui lui paraît injuste. Il vient d’être confronté à son handicap social, à la limite qu’il perçoit sans pouvoir la saisir. Pour essayer de comprendre ce qui vient de lui arriver, il va utiliser toutes ces capacités cognitives et mettre à contribution tout son environnement. En fin de parcours, il aboutit à Facebook, le réseau social le plus attractif car le plus adaptés aux besoins d’interactions sociales des neurotypiques, un modèle standardisé, réducteur et superficiel de relations sociales. Ce modèle ne lui correspond pas, mais il va lui permettre, comme une prothèse, de devenir l’ami n°1.
Un article avec lequel je ne suis pas d’accord, mais que je prends en compte car il donne selon moi le point de vue d’un neurotypique et pose des questions cruciales…
http://www.jrpac.com/blog/2010/le-grand-enfant-qui-dirigeait-le-monde/
On peut désormais être handicapé social et « réussir socialement », ce qui était impossible avant l’ère de l’informatique. Munis de leur prothèse, les autistes de haut niveau de fonctionnement peuvent communiquer et sont désormais visibles dans la sphère sociale. Leur personnalité est de plus en plus souvent dépeinte dans la fiction :
- Le personnage de Sheldon dans The big Bang Theory
- L et Near de Death Note
- Luna Lovegood dans Harry Potter
- Le Docteur de Docteur Who (la première version)
- Daria Morgendorfer dans le dessin animé « Daria ».
- Lisa Simpson dans les Simpsons
- Le Docteur House de Docteur House, lui même inspiré de Sherlock Holmes
- Lisbeth Salander de Millenium
- Ben dans le film Ben X
- Le Robot dans I, robot.
- Et le plus représentatif de tous, la « modélisation de la personnalité autistique » : Spock de Star Treck. Spock est à mon sens un bon outil de diagnostic. Si tu le trouves sympathique, si ce qu’il dit te paraît judicieux en toute situation, si tu comprends ses motivations et si tu arrives à avoir de l’empathie pour lui, c’est à dire percevoir ce qu’il ressent … car il ressent, ce n’est pas une machine, et si tu ne comprends rien au capitaine Kirk mais nourrit la même fascination pour lui que Spock, tu as certainement des traits autistiques.
Gene Roddenberry, le créateur de Spock a été diagnostiqué comme « souffrant » du syndrome d’asperger post-morten, il faut donc se méfier de ce diagnostic. Il avait en revanche sans doute des traits autistiques pour appréhender avec autant
de cohérence un personnage tel que Spock et surtout arriver à lui rendre sa part d’humanité. Ce que décrit Roddenberry, c’est qu’au final Spock, derrière son mur de logique et systématisation de
l’information, est un collègue sur lequel Kirk peut compter en toute situation. Au fil de la série, Kirk requiert de plus en plus souvent l’avis de Spock en raison de son expertise et de son
impartialité, très vite, il se confie à lui car il a compris que rien de ce qu’il dit ne sortira de la pièce (Spock souffre d’un handicap social, il ne partage pas avec les autres membres
d’équipage). Un lien va se tisser entre eux, ce n’est pas un lien social, car il n’est ni basé sur des centres d’intérêt ou des goûts communs (ils n’ont rien en commun), ni sur une quelconque
affinité de penser (Ils ne pensent pas de la même façon) mais sur la collaboration visant un objectif commun : atteindre l’ultime frontière.
Chacun va utiliser la force de l’autre pour devenir meilleur. Spock est la tête pensante de l’entreprise (il résout les problèmes) et Kirk le leader, car il sait se faire apprécier pour ses
qualités de sociabilité et motiver les troupes. Spock qui s’intéresse au monde d’une façon très peu anthropomorphique va apprendre à prendre en compte le facteur humain, et Kirk qui s’intéresse
surtout à l’humain et finalement assez peu à la découverte de la galaxie va pouvoir remplir la mission qui lui a été confiée. Découvrir de nouveaux mondes et faire reculer l’ultime
frontière.
Les autistes s’intéressent au monde comme un système globale qui doit être compris et la compréhension du monde est leur principal moteur, faire reculer les frontières de leur savoir, la source de leur joie intime.
Les neurotypiques s’intéressent à l’humain, leur moteur c’est d’être reconnu parmi les humains et d’être compris et apprécié par leurs pairs, la source de leurs joies les plus intimes.
Deux façons totalement opposées d’appréhender la vie et le sens de la vie.
La faiblesse des autistes est le facteur Humain = le réseau de connaissance ou d’amis
La faiblesse des neurotypiques est le facteur Univers = la modélisation des informations pour les intégrer dans un système globale ou systématisation.
Deux faiblesses qui s’appuient l’une contre l’autre sont une force.
Malheureusement dans la relation, le neurotypique aura souvent l’impression d’être instrumentalisé et l’autiste aura l’impression de perdre de vue l’objectif pour des considérations qui lui échappent. C’est ce qui se passe dans the Social Network entre Marc Zuckerberg et son meilleur ami.
Voyou, génie, traitre ?

Pour moi, le Marc Zuckerberg dépeint dans le film n’est ni un génie, ni un voyou, ni un traitre.
« Or – et c'est aussi ce que montre le film – Mark Zuckerberg se moque qu'on le critique, mais il ne supporte pas qu'on s'attaque à son œuvre. Les différentes trahisons qui se succèdent devant la caméra de David Fincher ont ce point commun : lorsqu'il sent que quelqu'un menace Facebook, le site auquel il a consacré toute son existence, il agit. Peu lui importe qu'il soit dépeint comme un "voyou" et un "traître", tant que rien dans le film ne donne l'impression aux spectateurs que son réseau social peut être une menace et les pousse à s'en détourner. »
C’est un autiste de haut niveau de fonctionnement. Si je suis ma nature profonde, je le comprends parfaitement, je ressens de l’empathie pour lui. J’ai l’impression que ce sont ses amis qui l’ont trahis. J Il serait un voyou s’il avait conscience que les informations appartiennent aux individus. Il serait un traitre, s’il avait conscience de trahir ses amis quand il place non pas lui, mais son œuvre au dessus de tout. Il serait un « génie » au sens plein, s’il ne souffrait pas d’un handicap social, car ainsi le sens de son action pourrait être compris par le plus grand nombre car il saurait le communiquer.
Si Marc Zuckerberg est vraiment comme il est dépeint dans le film de Fincher, les personnes qui ont étalé leur vie privée sur Facebook ne craignent rien tant qu’il reste propriétaire du réseau et tant qu’il ne vend pas les informations qui y figurent sur les conseils de quelqu’un de vraiment malhonnête.
Si Marc Zuckerberg est vraiment autiste, il ne vendra jamais, car ce serait se vendre lui-même et perdre de vue l’objectif. Mais négliger le facteur humain a des conséquences, car si les informations qui figurent dans Facebook n’ont aucune valeur pour Marck Zuckerberg, - c’est le tout qui fait sens, pas ce que tu mets sur ta page -, elles en ont beaucoup pour ceux qui s’intéressent à ce qui figure sur ton mur à des fins lucratives.
Le monde dans lequel nous vivons est un monde neurotypique dans lequel tout a une valeur d’échange, et tout s’échange. L’individu neurotypique est ce qu’il montre, ce qu’il a que ce soit des amis ou des biens. Il se définit par son existence sociale, ses goûts, ses opinions, son réseau, son aura.
« Communiquer, c’est aussi commercer »
Dans un tel monde, Facebook est une arme commerciale de destruction massive.
Marck Zuckerberg aurait pu créer la bombe atomique.
Einstein était autiste de haut niveau de fonctionnement. Il s’est retiré du projet quand il a réalisé avec stupéfaction que la bombe atomique serait lâchée sur des populations civiles, et ne sévirait pas seulement d’arme dissuasive contre les allemands pour sauver les juifs.
C’était son objectif.
Il a négligé le facteur humain.
Ce n’était pas pour autant un voyou ou un traitre.
J’ai été choquée quand j’ai vu le film de Fincher après avoir lu les critiques qui présentaient Marc Zuckerberg comme un monstre froid, calculateur et dangereux, choquée de découvrir un asperger, victime de sa condition. J’ai moi aussi été confrontée à ce mur qui sépare l’autisme du reste du monde, cette incompréhension mutuelle qui semble inéluctable, jusqu’à ce que j’apprenne à prendre en compte le facteur humain. Maintenant que j’ai appris à décoder les codes sociaux, les sous entendus, les doubles discours, les fausses intentions, la fausse modestie et la vraie prétention, les vraies motivations, et que je suis devenu compétente dans ce domaine, je peux comprendre ce qu’il y a de choquant dans l’autisme, même si je perçois toujours la vitrine sociale comme de la cosmétique. J’ai compris que c’était à moi de m’adapter, car l’Homme est une espèce fondamentalement sociale et oublier cette donnée, c’est prendre le risque de perdre de vue l’objectif de compréhension du monde qui est le moteur de ma vie et voir mon œuvre incomprise et dénaturée.
J’ai appris à communiquer et plus seulement à m’exprimer. J’ai compensé mon handicap social. J’ai mis du fard sur mes propos.
1 personne sur 10 possède des traits autistiques.
5 personnes sur 100 sont autistes.
Parmi les autistes, un certain nombre n’acquerra jamais le langage, et parmi ceux qui s’expriment, beaucoup n’acquerront jamais de vitrine sociale et resteront exclus toute leur vie.
VEUX TU ETRE MON AMI ?